Opinion
Le premier ministre Stephen Harper vient d’effectuer une visite éclair en Afghanistan afin de prendre la mesure de la situation sur place. Les choses s’améliorent, a-t-il dit en substance, et il n’a pas tort. Pour consolider les acquis toutefois, il faut absolument aider le pays voisin, le Pakistan, à retrouver une certaine stabilité, car ce qui se passe là a des conséquences de l’autre côté de la frontière. La violence progresse, et le pouvoir civil demeure fragile. Malgré cela, le Pakistan n’est pas un État failli et ses armes nucléaires ne tomberont pas aux mains de n’importe qui comme on nous l’annonce chaque jour.
Le Pakistan est depuis son indépendance un pays miné par les violences tribales et religieuses et par l’instabilité politique. Tous les gouvernements élus, sauf celui d’Ali Bhutto dans les années 70, ont été empêchés de terminer leur mandat par un coup d’État militaire. Des provinces entières échappent au contrôle direct du gouvernement central. Malgré cette situation, le Pakistan est loin d’être au bord de la désintégration et sa population résiste courageusement aux violences terroristes et autres, à la corruption et aux manipulations politiques. La révolte du corps judiciaire - magistrats et avocats - en 2007, qui a provoqué le départ précipité du général Pervez Musharaff de la présidence, n’est pas le symbole d’un État faible, bien au contraire. La diversité ethnique, religieuse, sociale et politique du Pakistan est une force qui lui a permis d’affronter bien des tempêtes depuis 60 ans. La société civile est florissante, l’arène politique pluraliste, la jeunesse dynamique et ouverte sur le monde. L’institution militaire est un socle solide et cohérent et peut très bien affronter les extrémistes radicaux qui fomentent des troubles depuis des années. Quant aux armes nucléaires pakistanaises, elles font l’objet de mesures de protection spéciales mises au point par les autorités nationales avec une aide substantielle des États-Unis et d’autres pays. Le scénario du mollah fou s’emparant de la bombe pakistanaise est une fantaisie médiatique alimentée par des experts excités et ignorants.
Cela dit, le Pakistan connaît de nombreux problèmes sécuritaires et économiques, et ces problèmes ont et auront des incidences sur sa stabilité comme sur celles de ses voisins. Au cours des 10 dernières années, l’aide occidentale a été essentiellement dirigée vers le règlement des questions de sécurité au détriment de l’économie. L’administration Obama en a conscience et veut rectifier le tir avec son programme visant à offrir au Pakistan une enveloppe non militaire de quelque 8 milliards US au cours des cinq prochaines années. Cela ne sera pas suffisant, comme l’indiquait cette semaine l’analyste Ahmed Rashid dans un article publié par le Washington Post. Les autres donateurs, en particulier les institutions financières internationales, doivent faire plus.
L’Occident, mais aussi l’Inde, l’Iran et les pays de la région doivent soutenir les efforts de rapprochement entre le Pakistan et l’Afghanistan. Il en va de l’avenir de l’Afghanistan, mais aussi de la sécurité de la région et de la présence internationale dans ce pays. Il semble bien que la rencontre de mercredi et jeudi entre les présidents afghan et pakistanais à Washington ait jeté les bases d’une relation plus cordiale qu’au temps où Hamid Karzaï accusait son vis-à-vis pakistanais, le général Musharaff, d’alimenter les talibans et de miner son gouvernement.
Restons tout de même prudents. Cette région reste une zone de tempêtes. Les causes des conflits et des inimitiés dans cette partie du monde sont profondes et ne trouveront pas de solutions miracles et immédiates, si elles n’en trouvent jamais. Ce n’est pas une raison pour jeter l’éponge. Nous devons rester engagés, mais les yeux grands ouverts.

Jocelyn 
