Je ne ferai une grande révélation à personne en soulignant que le milieu de la finance américain a une préférence assez nette pour le candidat républicain Mitt Romney, ne serait-ce que parce qu’il est un des leurs, qu’il s’engage à ne pas trop toucher à leurs avantages fiscaux et que le programme du Parti démocrate, axé sur une règlementation plus serrée du secteur financier, représente à leurs yeux une menace. On constate facilement leur préférence en consultant les données sur les dons d’individus aux partis politiques publiés par « opensecrets.org ». On y constate que les dons individuels dans le secteur financier sont largement destinés au Parti républicain et à ses groupes affiliés.

Rien d’étonnant... Mais qu’en pense le marché ? Selon Mitt Romney lui-même, le marché attend anxieusement sa victoire en novembre pour reprendre de la vigueur. En fait, dans la vidéo dont tout le monde a parlé cette semaine, Romney disait la chose suivante à ses bailleurs de fonds :
If it looks like the president’s going to win, the markets should not be terribly happy. It depends, of course, which markets you’re talking about, which types of commodities and so forth, but my own view is, if we win on November 6th there will be a great deal of optimism about the future of this country. We’ll see capital come back, and we’ll see—without actually doing anything—we’ll actually get a boost in the economy.
En bref, le candidat semble convaincu que son élection représenterait une sorte d’intervention de la providence pour l’économie américaine. C’est sans doute pourquoi il est si parcimonieux sur les détails de son plan économique. Ce qui est intéressant avec la proposition ci-dessus, toutefois, c’est que le candidat républicain semblait aussi prédire (la rencontre a eu lieu en mai) que les marchés évolueraient de concert avec ses perspectives d’élection.
Qu’en est-il ? Pour tester cette proposition, comme l’a souligné l’économiste nobélisé Paul Krugman, il suffit de mettre en relation les anticipations d’une victoire de Romney avec le cours de la bourse.

Comme on peut le constater sur le marché des prédictions électorales InTrade, les perceptions des chances de victoire de Romney ont grimpé de façon significative en mai et juin, suite à la rencontre captée dans la vidéo. Ce la n’a certainement pas empêché l’indice Dow Jones de chuter. Plus saisissant encore, les déboires de la campagne de Romney depuis la convention nationale de son parti ont entraîné une chute marquée des attentes de victoire des parieurs sur Intrade. Cette chute a été presque immédiatement suivie d’une reprise de la bourse. Je n’irai pas jusqu’à faire un lien causal entre les deux variables, mais c’est ce que faisait le candidat Romney en mai dernier, et ceux qui l’écoutaient ont misé très gros sur lui.





