CERIUM - Centre d'études et de recherches internationales
  23 juin 2010
La Presse

Vive le G20 !

Les empires meurent, la puissance se déplace, le système international évolue. C’est pourquoi les organisations internationales sont régulièrement décalées, dans leur mandat et leur fonctionnement. La contestation, orchestrée depuis 15 ans par les pays émergents et ceux issus de la décolonisation, concerne l’ensemble des organisations du système des Nations Unies (Banque Mondiale, FMI, FAO, OMC et tous les autres) et bien évidemment le Conseil de sécurité, dont les 5 membres permanents, rappelons le, sont les vainqueurs de la Seconde guerre mondiale (Chine, France, Russie, Royaume-Uni et Etats-Unis). Le temps est venu de gérer la transition.

Le G20 est une manifestation de la montée en puissance de la Chine et d’autres pays, dont le Brésil, l’Inde et l’Indonésie. C’est la confirmation de la perte d’influence des membres du G8, tout particulièrement des pays d’Europe. Le G20 offre l’occasion d’une gestion élégante du déclin et d’un renforcement de la gouvernance mondiale.

La déclaration de Pittsburg Le G20 a été spécifiquement créé pour coordonner la réforme du système financier international suite à la crise asiatique de 1997. La première réunion a eu lieu, à l’invitation du Canada en 1999, en plein cœur d’Ottawa et réunissait à l’époque les ministres des finances et les dirigeants des banques centrales.

En 2008, à l’initiative du président Bush, le G20 a repris du service pour coordonner les politiques financières au lendemain de l’effondrement des marchés hypothécaires et des produits dérivés. Cette fois ce sont les chefs d’État qui sont réunis. La troisième réunion, celle de Pittsburg à l’automne 2009, produira une déclaration, véritable acte de naissance du G20. La suite se jouera dans quelques jours à Toronto.

Dans le document de Pittsburg, les pays se sont donnés un mandat élargi. Outre la réforme du système financier et la régulation bancaire, le G20 souhaite intervenir pour assurer la sécurité alimentaire, soutenir les mesures d’accès à l’énergie et au crédit pour les plus pauvres, proposer des politiques de croissance compatibles avec le développement durable, et combattre le protectionnisme. À l’exception des questions de sécurité, le G20 s’est donc approprié la totalité de l’agenda du G8.

Assurer la stabilité Le G20 est en bonne position pour contribuer à renforcer la stabilité internationale. Sa légitimité est incontestable. Difficile de s’opposer à une décision prise par un groupe de pays qui représentent 90% du PIB mondial, les deux tiers du commerce et les deux tiers de la population de la planète.

Le Canada a tout lieu de se réjouir de la montée en importance du G20. C’est bien beau de siéger au G8, mais à quoi bon si c’est, pour y occuper un strapontin ? C’est suite à la demande expresse de Washington en 1975, afin de faire contrepoids à la sur représentation de l’Europe au sein du G6, que nous avons été admis dans la cour des grands. Bien que respecté pour ses contributions, le Canada membre junior du G8, n’y dispose que de peu d’espace. Par contre, l’importance du Canada dans l’économie mondiale en fait un membre de plein droit du G20 (selon ce même critère l’Espagne devrait être invité).

La configuration de cette nouvelle organisation est plus ouverte et permet de construire des alliances diversifiées qui respectent nos intérêts et donnent à notre souveraineté sa pleine mesure. Ainsi sur le projet de taxe aux banques, auquel le Canada s’objecte, nos alliés sont le Brésil, l’Inde, le Mexique et la Russie. Les grands perdants de ce réaménagement sont les pays d’Europe. Si ceux-ci veulent exercer l’influence qui leur revient, et c’est souhaitable, ils devront se doter de la politique étrangère commune tant attendue.

La composition du G20 en fait une organisation complexe. Les occasions de tensions, comme les possibilités d’alliances sont multiples. Les pays membres devront faire preuve d’une grande discipline collective. Déjà on constate des gestes de conciliation, comme l’annonce toute récente de la Chine de permettre l’appréciation graduelle de sa monnaie. Une fois rôdé, le G20 pourrait utilement compenser pour la paralysie des Nations Unies. Lampedusa nous l’a appris, pour assurer la stabilité, il faut que tout change !

Source : La Presse

  • Philippe FaucherPhilippe Faucher

    Philippe Faucher est chercheur associé du CÉRIUM et membre du Réseau économie internationale (REI). Il est également l’ancien directeur du département de science politique de l’Université de Montréal (2005-2009).
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