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Une nouvelle vague de relance économique et de déficit budgétaire ?

par Patrick Leblond     14 décembre 2009 16h13

Alors que Larry Summers, chef du National Economic Council, et Christina Romer, chef du Council of Economic Advisers, offrent des opinions divergentes quant à la fin de la récession aux États-Unis, le président Obama considère qu’il y a encore beaucoup à faire pour stimuler l’économie américaine et relancer l’emploi, étant donné que le taux de chômage chez nos voisins au sud se situe toujours au-dessus de 10 pour cent. C’est pour cette raison qu’il annonça la semaine dernière une série de nouvelles mesures pour contrer les effets négatifs de la crise économique sur les travailleurs et les entreprises, surtout celles de petite et moyenne taille (voir discours du président Obama au Brookings Institution

Parmi les mesures annoncées par le président, il y a l’élimination complète des taxes sur le capital pour les investissements effectués par les PME américaines. Il propose également d’augmenter les investissements dans les infrastructures au-delà de ce qui est prévu dans le Recovery Act. De plus, il demande au Congrès de créer de nouveaux programmes ou d’élargir certains qui existent déjà afin de favoriser l’investissement (et donc la création d’emplois) dans l’efficience énergétique et l’énergie verte. Finalement, le programme TARP (Troubled Asset Relief Program) sera graduellement liquidé au cours des prochains mois au fur et à mesure que les banques et autres institutions financières remboursent leurs prêts et que le gouvernement vend les parts qu’il détient dans certaines de celles-ci, comme Citigroup par exemple. Les fonds ainsi récupérés pourront donc servir au financement des nouvelles mesures annoncées ci-dessus.

La question que plusieurs se posent, c’est si ces mesures vont contribuer à l’augmentation du déficit budgétaire (et donc de la dette) du gouvernement américain. Déjà, le gouvernement a annoncé que la dette publique fédérale doublerait en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) au cours des dix prochaines années, avant que les mesures de correction fiscale (encore à venir) viennent à bout du déficit. C’est pour cette raison qu’il y a actuellement un débat entre ceux qui croient que le gouvernement doit immédiatement éliminer les programmes de relance et réduire le déficit, maintenant que l’économie reprend du mieux, et ceux qui croient le contraire puisque la reprise n’est pas encore soutenue et le chômage demeure très élevé.

Dans son discours de la semaine dernière, le président Obama faisait porter le gros du blâme pour le déficit budgétaire sur le dos de l’ancienne administration républicaine, indiquant que les mesures de relance économique adoptées au cours de la dernière année ne représentent qu’une petite partie de déficit actuel. Par exemple, les baisses d’impôt du président George W. Bush continuent de jouer un rôle important dans le manque à gagner budgétaire du gouvernement américain (tout comme la baisse du taux de TPS ajoute actuellement environ 12 milliards $ au déficit fédéral canadien). Heureusement que les réductions d’impôt mises en place par l’Administration Bush et le Congrès républicain d’alors viennent à échéance l’année prochaine. Cela donnera un bon coup de main au budget sans que cela ait de répercussion négative pour l’administration Obama au plan politique.

Suivant les traces de Bill Clinton, Barack Obama s’engage à réduire le déficit budgétaire du gouvernement américain et à ramener l’équilibre fiscal le plus rapidement possible. Il l’a dit très clairement dans son discours. Y arrivera-t-il ? Disons que les chances d’y arriver d’ici une dizaine d’années sont plutôt minces.

Premièrement, la récession actuelle est beaucoup plus profonde que celle à laquelle Bill Clinton faisait face en 1993. Cela exerce donc un poids plus (moins) grand sur les dépenses (recettes) fiscales du gouvernement. Deuxièmement, le niveau de la dette est beaucoup plus élevé aujourd’hui qu’il ne l’était au début des années 1990, ce qui occasionne des dépenses d’intérêt plus élevées. Troisièmement, il est peu probable que l’économie américaine se mette à croître à des taux de quatre pour cent au cours des prochaines années, comme c’était le cas au milieu des années 1990. Si le crédit facile et peu cher n’est plus au rendez-vous, les consommateurs et investisseurs américains ne pourront plus passer d’une bulle spéculative à une autre. Quatrièmement, l’Administration Obama a des engagements militaires en Iraq et en Afghanistan que son prédécesseur démocrate à Maison blanche n’avait pas. Finalement, malgré ce que laisse entendre Barack Obama, il y a encore beaucoup de doute quant à la neutralité fiscale de la réforme du système de santé aux États-Unis. Si celle-ci est adoptée par le Congrès, ce sera une grande victoire pour le président et les démocrates, mais elle pourrait forcer ces derniers à faire des choix budgétaires importants au cours des prochaines années.

En somme, le défi fiscal du gouvernement américain est à la mesure des ambitions du président Obama. Mais il va falloir plus que de l’espoir. Il y aura des choix politiques difficiles à faire. Cependant, compte tenu de la fragilité de la reprise américaine, du haut taux de chômage et des élections mi-parcours au Congrès dans moins d’un an, le président n’a pas le choix que poursuivre les programmes de relance économique. Le gain fiscal n’en vaut pas (encore) le coût politique.


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