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Une nouvelle approche pour la politique internationale

par Étienne Tremblay-Champagne     12 juin 2009 14h53

Bien des mots ont été dits à propos des mesures spectaculaires mises en place par l’administration américaine pour faire face à la crise économique. Valses des milliards et restructurations de multinationales font régulièrement les manchettes, mais cette offensive économique est également doublée d’un activisme diplomatique d’envergure. Depuis l’entrée en fonction de Barak Obama à la Maison blanche, on assiste à une véritable offensive diplomatique sur tous les fronts : le conflit afghan, le dossier israélo-palestinien et le Moyen-Orient, l’ouverture progressive envers Cuba, le dialogue avec la Russie… Bien qu’attendu en un début de mandat, cet activisme réussit tout de même à surprendre par sa portée. Cette nouvelle approche face aux affaires étrangères, sans être complètement en rupture avec les politiques de l’administration précédente, amène son lot de changements avec un accent sur les négociations et les partenariats multilatéraux. Comme le démontrait un sondage mené à la fin avril par le Washington Post et le réseau ABC, les Américains semblent approuver cette nouvelle orientation, avec 67 et 63% des répondants approuvant les actions d’Obama concernant les affaires étrangères et ses décisions face à l’Afghanistan.

Un objectif : rétablir l’autorité morale des États-Unis

Fidèle à l’idée du ’manifest destiny’, Barack Obama, alors qu’il était encore candidat à la présidence à l’été 2007, écrivait d’entrée de jeu dans l’article Renewing American Leadership, publié dans la revue Foreign Affairs, que les États-Unis se doivent de donner l’exemple afin de servir de modèle pour tous les peuples qui aspirent à la démocratie.

« At moments of great peril in the last century, American leaders such as Franklin Roosevelt, Harry Truman, and John F. Kennedy managed both to protect the American people and to expand opportunity for the next generation. What is more, they ensured that America, by deed and example, led and lifted the world — that we stood for and fought for the freedoms sought by billions of people beyond our borders ».

Selon le nouveau président américain, celle-ci passe d’abord et avant tout par une approche plus pragmatique des relations internationales et à certaines décisions qui ont gravement affecté la perception des États-Unis dans certaines régions du monde. Un bon exemple de cette approche fût le discours prononcé le 4 juin au Caire. Barak Obama a alors projeté une image plus modérée des États-Unis auprès du monde musulman, prenant note de la méfiance mutuelle mais lançant un appel à la tolérance. Cet appel a été chaleureusement accueilli dans le monde arabe, mais plusieurs ont rappelé que malgré l’importance symbolique du discours, rien ne remplace les actions et les avancées concrètes. À se sujet, l’approche face à l’Afghanistan est révélateur d’un changement de paradigme qui met davantage en valeur le soft power et le pouvoir de persuasion, comment le démontre la situation en Afghanistan.

Encourager la collaboration par des objectifs communs

Tout d’abord, la nouvelle administration semble avoir une approche différente face au conflit afghan : envoi massif de renforts, plus grand accent sur les initiatives politiques et le développement économique, changement rapide du commandant des forces de l’OTAN, dont la pensée est jugée trop « traditionnelle », etc. Toutefois, ce qui se démarque est la vision beaucoup plus régionale du conflit qui met l’accent sur les initiatives diplomatiques. Comme l’a indiqué la nomination de Richard Holbrooke comme émissaire spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan, les deux pays sont considérés comme faisant partie du même enjeu stratégique. L’ancien architecte des accords de Dayton ayant mis fin à la guerre de Bosnie, surnommé « Bulldozer », a déjà démontré dans les Balkans qu’il était en mesure de négocier avec plusieurs intervenants. Celui-ci a beaucoup mis l’accent sur les avantages de la collaboration entre l’Afghanistan et le Pakistan et sur l’importance de surmonter leurs rivalités historiques. S’en est suivi une série de rencontres entre chefs d’États, de visites régionales et de conférences internationales.

Outre cette série d’aller- retours entre Kaboul et Islamabad, une des retombées les plus intéressantes à moyen terme des récents efforts consiste en un réengagement graduel de l’Iran face au dossier afghan malgré ses tensions avec les États-Unis. L’Iran, voisin récalcitrant de l’Afghanistan depuis son entrée dans « l’axe du mal », reste prudent mais démontre des signes d’intérêts envers une collaboration accrue en faveur du trafic de la drogue. Comme l’ont fait savoir plusieurs analystes, la stabilisation de l’Afghanistan passe non seulement par une meilleure gestion de zones tribales pakistanaises, mais aussi par l’engagement de ses voisins face à cet État encore fragile. Cette ouverture envers l’Iran, qui pourrait être accélérée dépendant de l’issue des prochaines élections iraniennes, ne veut pas dire une reddition face au programme nucléaire iranien, le dossier le plus problématique, mais démontre une volonté de pouvoir discuter de différents enjeux malgré des différends importants. Une meilleure collaboration avec l’Iran, aussi importante soit-elle pour l’Afghanistan et le Moyen Orient, sera toutefois un processus de longue haleine.

Le charisme et la vision d’Obama pourront-ils convaincre certains États rivaux d’assouplir leurs positions sur certains enjeux ? Peuvent-ils réellement combattre l’antiaméricanisme ancré dans des racines historiques ? Dans l’ensemble des enjeux géopolitiques qui seront traités lors du présent mandat américain, l’optimisme de départ se heurtera dans la plupart des cas aux réalités du terrain. En effet, plusieurs dossiers, dont celui du Moyen-Orient en général, sont extrêmement sensibles. Comme l’ont démontré les initiatives des dernières décennies, la quantité d’intérêts divergents montrent que tout ne peut pas être résolu rapidement. En outre, comme l’a déjà fait remarqué Barak Obama, les États-Unis ne peuvent intervenir dans des enjeux éminemment complexes comme s’ils n’étaient que le seul acteur concernés, mais doivent dans la mesure du possible aller chercher un engagement local sans imposer leur point de vue. Les objectifs américains ne cadreront donc pas nécessairement avec les aspirations locales et régionales. Ces initiatives diplomatiques sont-elles une mission impossible dans un monde de plus en plus multipolaire ? Peut être… mais il est encore trop tôt pour rejeter ces initiatives du revers de la main. Il faut plutôt s’attendre à des progrès graduels plutôt qu’à des solutions miracles.


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