Dans sa conférence, Jean Casimir soutient que le processus de créolisation à Saint-Domingue est à la base de la structure de l’État d’Haïti et explique son caractère despotique au lendemain de la Révolution haïtienne. En effet, les masses de travailleurs manuels des plantations de Saint-Domingue s’identifient d’abord à des ethnies et à des valeurs africaines et réclament sur ces bases leur liberté. Ils sont des parfaits étrangers aux yeux des élites créoles, attachés à leur mère patrie et à la modernité esclavagiste. Ces élites, au nom des valeurs coloniales, ont recours à une technologie de création d’amnésie collective dans le but de réprimer la culture de la masse des travailleurs. Ainsi, le mariage de raison qui a mené à la Révolution et à la création de l’État d’Haïti n’a pas réglé les divergences entre ces deux groupes étrangers l’un à l’autre, et le groupe des travailleurs noirs reste à ce jour exclu de l’État d’Haïti.


