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Un vent de frugalité

par David Descôteaux     12 octobre 2009 11h23

Les Américains fuient les centres commerciaux, brisent leurs cartes de crédit et jurent de ne plus jamais en posséder.

Enfin, c’est l’impression qu’ils donnent. Durant le mois d’août, le crédit à la consommation a chuté de 12 milliards de dollars aux États-Unis. Une baisse de 5,8 % en rythme annuel par rapport à juillet, où la baisse avait été de 9 %. Les Américains n’ont plus le choix. Après des années de vie au-dessus de leurs moyens, les ménages doivent nettoyer leur bilan personnel – teinté de rouge. C’est une condition essentielle pour redémarrer l’économie sur une base solide.

Entre-temps, l’économie est soutenue par un emprunteur qui s’endette plus vite qu’à aucun autre moment depuis la Seconde Guerre mondiale : le gouvernement. Les mises en chantier reprennent ? Fannie Mae et Freddy Mac, les géants du refinancement hypothécaire officieusement nationalisés par Washington, fournissent ou garantissent la presque-totalité des prêts hypothécaires sur le marché. Les ventes automobiles remontent quelque peu ? Remerciez le programme de primes à la casse. Le secteur financier génère des profits ? Normal. La Fed maintient les taux d’intérêt autour de zéro et garantit implicitement la survie de ces institutions en cas de malheur.

L’État a remplacé le marché. Les dépenses directes ainsi que les prêts de Washington et de la Fed remplacent les dépenses et le crédit provenant traditionnellement du secteur privé. Une chance, diront certains. Car sans cela, l’économie tomberait en lambeau.

Mais le gouvernement marche sur une glace mince. Il ne peut emprunter indéfiniment. La grogne monte déjà au sein des contribuables. Si elle atteint les créanciers de Washington (que ce soit la Chine ou tout autre pays), les taux d’intérêt pourraient grimper en flèche, entraînant un cercle vicieux d’endettement pour l’État.

Deux scénarios se dessinent : dans le premier cas, consommateurs et entreprises recommencent rapidement à emprunter et à dépenser, ce qui permet au gouvernement de se retirer progressivement du marché. Dans l’autre, les pays étrangers cessent de prêter à Washington à des prix dérisoires, ce qui pousse le gouvernement dans une spirale d’endettement dont la seule porte de sortie pourrait s’avérer la planche à billets, avec les risques que cela comporte pour le dollar.

Au beau milieu de tout ça, Ben Bernanke se démène. Plus d’un an après la débâcle boursière, et malgré les actions extraordinaires de la Fed, il demeure incapable d’amener les consommateurs à dépenser, ou les banques à prêter suffisamment.

Il faut dire que sa tâche est plus ardue que celle de son prédécesseur, Alan Greenspan. Comme le souligne le populaire blogueur financier Mike Shedlock, « Greenspan avait le vent de la consommation et du crédit soufflant dans son dos. Ben Bernanke se situe de l’autre côté du pic du crédit, et un vent de frugalité lui souffle au visage. »

Si le vent refuse de tourner, le chef de la réserve fédérale devra tenir ses cartes bien serrées. Car une bourrasque, et ses options pourraient s’envoler rapidement.


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