CERIUM - Centre d'études et de recherches internationales
  15 décembre 2008
La Presse

Un Hummer pour Noël

Les aubaines abondent en ces temps de crise économique, comme l’a rappelé, en pleine campagne et avec un à-propos confondant, le Premier Ministre Harper. Le Hummer, ce monument de prétention, issue du croissement consenti entre un char et un autobus scolaire, se vend à prix d’aubaine. Les taux d’intérêt sont au plus bas. Les banques voraces se volent les meilleurs payeurs en offrant en appât une carte de crédit à moins de 1% d’intérêt. Enfin l’essence a retrouvé, à 80 cents le litre, un prix tolérable. Carpe diem, profitons-en !

L’économie au ralentie

La séquence est complexe. La crise provoque la baisse des prix et d’autre part, la diminution des prix et des profits entraîne le report des investissements et des interruptions de production. Le pétrole à US$45 le baril est à la fois la conséquence et la cause du ralentissement économique.

L’appareil de production et la consommation exigent de grandes quantités d’énergie. C’est pourquoi le prix de l’énergie, reflet de la demande, est un indicateur précis du niveau d’activité économique. Le danger réside dans la volatilité des prix. Quand le prix du baril de pétrole se transige à US $45, alors qu’il était de $100 plus élevé il y a 6 mois, le signal est clair : la machine tourne au ralentie.

Les producteurs en péril

La demande de pétrole est tombée. La chute des prix a mis des pays producteurs en détresse. La situation budgétaire se détériore rapidement en Iran, au Koweït, au Venezuela, au Mexique et en Russie, ce qui accroît les dangers de turbulence.

La cohésion de l’Organisation des pays producteurs de pétroler (OPEP), qui contrôle plus de 40% de la production mondiale, se fissure. La réunion de mercredi à Oran (Algérie), annoncera, dans le but de faire rebondir le prix du baril, une baisse de la production. Peine perdu. Plus le prix est bas, plus il faut vendre.

En Alberta, les nouveaux projets de production à partir des sables bitumineux, exigent un prix de US$80 pour être profitables. Des investissements importants, comme celui de la norvégienne StatoilHydro ont été suspendus ou abandonné. Le manque à gagner pour les coffres de la province est de l’ordre de $6,5 milliards. Terre-Neuve, à peine sortie, grâce au pétrole, de son statut de province assistée de la Fédération, risque d’y retourner.

La recul du prix du pétrole est à la mesure de la gravité de la crise économique que nous traversons. Le plus sûr signe de reprise est un baril en hausse qui se transige autour de US$80 et une inflation qui ronronne autour de 2 ou 3%. Les bas prix annoncent la déflation ; la production diminue, les salaires baissent, la consommation recule. Voilà pourquoi ce n’est vraiment pas le moment de se lancer dans une folle dépense aux allures de char d’assaut.

Pour les irréductibles, le Ski-doo est offert en prime.

  • Philippe FaucherPhilippe Faucher

    Philippe Faucher est chercheur associé du CÉRIUM et membre du Réseau économie internationale (REI). Il est également l’ancien directeur du département de science politique de l’Université de Montréal (2005-2009).
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