
« Retour à la page d'accueil
Torture à la CIA : chronique d’un scandale annoncé
 par Noura Karazivan 20 avril 2009 14h04
Le 16 avril dernier, le président Obama ordonnait la divulgation des opinions juridiques du Département de la Justice américain relatives aux techniques interrogatoires que les agents de la CIA étaient autorisées à déployer sur de présumés terroristes.
Même si, dès la deuxième journée de sa présidence, Barack Obama avait ordonné la fermeture des centres de détention opérés par la CIA à l’étranger, et rejeté les techniques interrogatoires douteuses des agents de la CIA, les opinions juridiques qui autorisaient ces techniques étaient jusqu’ici gardées secrètes. Mais à la suite des pressions exercées par l’American Civil Liberties Union, le président Obama a finalement ordonné la divulgation de quatre mémos qui expliquent, avec une précision chirurgicale désarmante, les techniques interrogatoires les plus inhumaines et dégradantes possibles pouvant être déployées par les agents de la CIA, tout en les assurant d’une immunité légale en cas de poursuite. Ainsi, les méthodes considérées ‘légales’ par le Département de la Justice incluent-elles la simulation de noyade (pas plus de 40 secondes à la fois), la privation de sommeil (pas plus de 11 jours de suite), l’arrosage des détenus (avec de l’eau à 41 degrés), etc. C’est à coup de contorsions juridiques que ces méthodes ont été qualifiées, par les trois juristes impliqués, de conformes aux normes internationales en matière de traitement des prisonniers et de prohibition de la torture.
Que faire maintenant que ces mémos sont non seulement à la portée de l’Amérique mais, du monde entier ? Le président Obama assure les employés de la CIA qu’ils sont à l’abri de poursuites judiciaires, puisqu’ils n’obéissaient qu’aux ordres de leurs supérieurs et qu’ils croyaient, grâce aux fameuses opinions juridiques, que leurs actions étaient légales.
Et l’imputabilité, dans tout ça ? On suggère une vaste commission d’enquête sur les pratiques anti-terroristes du gouvernement Bush, mais le président Obama rétorque qu’il ne vaut pas la peine d’investir temps et argent pour blâmer les acteurs du passé. Mais cette réponse ne satisfait pas. Comment les juristes qui ont rédigé les mémos peuvent-ils continuer à vaquer à leurs occupations ? Tel John Yoo, maintenant professeur de droit dans de grandes universités américaines, et Jay Bybee devenu juge à la Cour d’appel fédérale ? Le comité d’éthique du Département de la Justice est en train de réviser le caractère raisonnable de leurs conclusions, et la possibilité que des considérations politiques aient encouragé les juristes à émettre des opinions complètement en marge d’une interprétation raisonnable des traités internationaux.
Comme le suggère l’éditorial du New York Times du 18 avril, si l’administration Obama refuse de prendre les devants et d’enquêter sur les déboires de l’administration précédente, ce sera au Congrès américain de rendre l’exécutif de la présidence Bush imputable.
Répondre à cet article
« Retour à la page d'accueil
-
Directeurs des chaires
Autres participants
-
Marc-André Anzueto Marc-André Anzueto est agent de recherche au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix. Il est titulaire d’une maîtrise en science politique de l’UQAM et d’un baccalauréat en Études internationales de l’UdeM.
-
Roromme Chantal
Roromme Chantal détient une maîtrise en études internationales (UdeM). Son projet de fin d’études, portant sur la stratégie d’affirmation de puissance de la Chine dans le contexte post-Guerre froide, fera l’objet d’une co-publication à paraître bientôt.
-
David Descôteaux David Descôteaux est associé à la Chaire d’études politiques et économiques américaines. Diplômé en sciences économiques et en science politique de l’Université de Montréal, il est économiste à l’Institut économique de Montréal et journaliste et blogueur indépendant.
-
Christine Fréchette Christine Fréchette est coordonnatrice de la Chaire d’études politiques et économiques américaines et de la Chaire d’études du Mexique contemporain du CÉRIUM. Elle dirige également le FINA et agit régulièrement comme analyste de la politique américaine dans les médias.
-
Jean-François Godbout Jean-François Godbout est Professeur adjoint au Département de science politique de l’UdeM, après avoir occupé un poste équivalent à l’Université Simon Fraser. Ses recherches portent principalement sur le Congrès et les élections américaines.
-
Noura Karazivan Noura Karazivan est actuellement doctorante en droit et chargée de cours en droit constitutionnel à la Faculté de droit de l’Université de Montréal. Ses recherches portent notamment sur l’extraterritorialité des droits de la personne.
-
Martin Koskinen Martin Koskinen est conseiller politique. Il analyse depuis plusieurs années l’organisation et les stratégies des campagnes électorales américaines. Il a auparavant été président de Force Jeunesse.
-
Guillaume Lavoie Guillaume Lavoie est directeur exécutif de Mission Leadership Québec, une initiative de positionnement stratégique permettant aux jeunes leaders de développer de nouveaux réseaux dans les régions d’intérêts stratégiques pour le Québec et le Canada.
Depuis 2003, il est régulièrement collaborateur pour la radio et la télé sur la politique américaine.
-
Patrick Leblond Patrick Leblond est professeur à l’Université d’Ottawa. Il est membre associé du Réseau Économie Internationale (REI) qu’il a dirigé en 2007-08 lorsqu’il était aux HEC.
-
Jean-François Lisée Jean-François Lisée est directeur exécutif du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM).
-
Richard Nadeau Richard Nadeau (Ph. D. Montréal, 1988) est professeur titulaire au département de science politique de l’Université de Montréal et directeur de recherches (Opinion publique et processus démocratiques) à la Chaire d’études politiques et économiques américaines du Cérium.
-
Charles Noble Charles Noble est professeur et chef du département de science politique de la California State University, Long Beach. Spécialisé en politique américaine, il rédige actuellement un livre sur l’élection de 2008.
-
Étienne Tremblay-Champagne Etienne Tremblay-Champagne est coordonnateur au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix (ROP). Titulaire d’une maîtrise en Études internationales à l’Université de Montréal, il a également obtenu un baccalauréat à HEC Montréal.
Avec le soutien de  
|
Vidéothèque
- Magdalena Dembinska (Sc.Po) ; Antonia Maioni (Cépéa) ; Jean-François Lisée (CÉRIUM) ; Karim Benyekhlef (CÉRIUM/CRDP)
- Fred Bild (Cetase) ; François Mancebo (Grenoble) et Thora Martina Herrmann (Geo, UdeM) ; Bruno Ramirez (Hist, UdeM)
- Eleonore Lepinard (ScPo/UdeM), Pierre Martin (ScPo/UdeM) et François Furstenberg (Hist/UdeM), Sandrine Perrot (CERI/Paris)
- Imre Szeman (McMaster U.) Éric Laurent (auteur)
- Charles Derber
Publications
- Dans : American Politics Research, 32 (1) : 52-67., par Jean-François Godbout, , par Richard Nadeau
- Presses de l’Université de Montréal, 456 pages., par Michel Fortmann, , par Pierre Martin
- Notes & Analyses # 19, par Stephen Blank
- Administration and Society, no 39, 2008, p.907-930, par Eric Montpetit
- Lauris Apse, Notes & Analyses # 10
Dans les médias
- 2 septembre 2010
- 16 juillet 2010
Christine Fréchette (Cépéa) discute avec Jean-Sébastien Bernatchez de la réforme adoptée par le Congrès américain en regard de Wall Steet.
|