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Santé : on ne reconnaît plus les Américains !

par Jean-François Lisée     25 juin 2009 15h19

Tenez-vous bien. Je vous parle d’un pays où 72% de la population est favorable à l’établissement d’une assurance-maladie publique, en compétition avec le secteur privé. Je vous parle d’un pays où 57% des citoyens sont disposés à davantage d’impôt pour faire en sorte que tous les habitants du pays profitent d’une couverture médicale. D’ailleurs, 65% des gens de ce pays croient que le problème de la non-couverture de beaucoup de leurs concitoyens est bien plus grave que la question du contrôle des coûts de la santé. Dans ce pays, surement socialiste, 50% des gens croient que l’État fera mieux que le privé pour offrir des soins (contre 34% qui pensent l’inverse) et 59% croient que l’État fera mieux pour contrôler les coûts (contre 26%).

Hongrie ? Pologne ? Plateau Mont-Royal ? Congressistes de Québec Solidaire ? Non. Les habitants des États-Unis, selon le sondage publié dimanche par le NYTimes et CBS.

Il s’agit — comme dans le cas del’immigration dont je parlais il y a quelque temps — d’un important retournement d’opinion.

Le président Obama, entre deux guerres, une crise financière et autres babioles, a fait de la réforme de la santé une priorité du moment et un plan de réforme conforme à ses voeux vient d’être déposé par des représentants au Congrès. En clair, il s’agit de mettre les assurances privé en compétition avec une "option publique" de soins, comme Medicare ou Medicaid qui, eux, ne couvrent que les aînés et les indigents. La nouvelle option serait ouverte à tous les intéressés. Si elle offre aussi bon service et moindre coûts que le privé, les assurances privées craignent pour leurs marges de profit et ont relancé la machine à faire peur. Leur grand argument : ce sera aussi grave qu’au Canada !

Force est de constater que l’opinion américaine accepte les opinions du président et rejette celle du lobby pharmaceutique. Le plus étonnant est que les Américains formulent ces opinions favorables alors même qu’ils craignent que la réforme réduise leur propre accès aux soins, puisque les non-assurés, soit un Américain sur sept, seront réintroduits dans le système.

(J’avais proposé la logique inverse. Pour résoudre les problèmes d’engorgement du système québécois, appliquer le régime américain qui exclut un patient sur sept du système. Tout de suite, un million de Québécois en moins, ça réduit la pression dans les hôpitaux. C’est une blague, allez voir.)

Donc, la réforme américaine de la santé serait sur le point de devenir réalité ? Pas si vite, pense Paul Krugman. Dans sa dernière chronique, il vilipende les sénateurs démocrates (pas républicains, démocrates) qui pourraient bloquer la réforme et enlever au projet la majorité dont il a besoin à la chambre haute.

A suivre...


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