Introduction :
S’il y a un endroit au monde qui, en cette fin 2008, semble à des années lumières des préoccupations financières mondiales, c’est bien le Nord-Kivu, une province de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), jouxtant le Rwanda et qui compte entre 3,5 et 5 millions d’habitants. Depuis le 28 août dernier, les Forces armées nationales (FARDC) y affrontaient à l’arme lourde les rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) du général Laurent Nkunda. Après qu’une série de localités aient été successivement conquises puis reprises par les deux protagonistes, les troupes du CNDP ont pris le dessus vers la fin octobre, la retraite des FARDC se transformant finalement en débandade. Autre perdant notable : la population civile qui a fui les combats. Selon le Programme alimentaire mondial, entre 200.000 et 250.000 personnes se sont déplacées depuis le début des opérations, portant le nombre total de sans-abri à au moins 1,3 millions dans les deux Kivus. Il faut dire que les moyens militaires mis en œuvre dépassent de loin ce que l’on a pu connaître ces dernières années dans la région : les 11 bataillons déployés par les FARDC disposaient pour la première fois d’une vingtaine de tanks et autres engins blindés transférés tout spécialement de Kinshasa pour pilonner les positions adverses. On pouvait croire que le rapport de force sur le terrain avait définitivement basculé dans le camp gouvernemental mais c’était sans compter sur la tactique de guérilla nouvellement appliquée par le CNDP. Refusant de faire le jeu de l’armée nationale, les rebelles ont multiplié les fronts, n’hésitant pas à se retirer lorsqu’ils n’arrivaient pas à leurs fins… pour mieux attaquer ailleurs.
Aujourd’hui, prenant acte du désastre sur le terrain, les diplomates affluent à Kinshasa et à Kigali afin de renouer le dialogue. C’est aussi l’heure des bilans et des commentaires en tous genres. Mais l’émotion et la désinformation l’emportent encore trop souvent sur un sujet dont la complexité n’excuse ni les approximations réductrices ni les dérapages sensationnalistes.
Un rapide coup d’œil sur une série d’affirmations caricaturales glanées ces dernières semaines permet d’aborder les éléments essentiels du drame du Kivu.
• « C’est le début de la troisième guerre du Congo »
Faisant référence à la guerre de 1996 qui a porté Laurent-Désiré Kabila (le père de l’actuel Président) au pouvoir puis à la « première guerre mondiale africaine » (1998-2002) qui a vu pas moins de sept pays voisins intervenir militairement au Congo, c’est la crainte mille fois formulée que le conflit du Kivu embrase l’ensemble du territoire. Cette vision a d’autant plus la vie dure que les deux conflits précédents ont commencé à Goma.
Or, il faut rappeler que tous les combats de ces deux derniers mois se sont déroulés sur une partie de trois territoires du Nord-Kivu qui en compte six, soit une zone de moins de 6.000 km2 (le Congo est 400 fois plus grand). Les troupes du CNDP (environ 3.500 hommes) n’ont jamais dépassé les frontières de ces territoires et n’ont pas la capacité de le faire durablement.
Il est vrai que le général Nkunda a récemment appelé « tous les Congolais à se mettre debout contre un gouvernement qui a trahi son peuple » tout en annonçant que le CNDP se transformait en « un mouvement de la libération totale de la République ». Le moins que l’on puisse dire est que cette déclaration n’a pas été, jusqu’à présent, suivie d’effets dans les autres régions du pays.
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