« Retour à la page d'accueil

Réforme de la santé : et si les législateurs démocrates étaient le problème ?

par Guillaume Lavoie     26 janvier 2010 15h40

Dans l’imaginaire politique américain, les démocrates sont – depuis toujours – pour un système de santé pour tous. Ils se battent et luttent pour l’œuvre inachevée du New Deal… constamment frustrés par les républicains. Mais est-ce bien le cas ? Peut-on réellement résumer cet échec par l’opposition obstinée d’un Congrès républicain ?

Si cela n’était qu’une simple question d’arithmétique au Congrès, les démocrates n’ont pas d’excuses. Depuis 1933 – soit depuis l’arrivée de FDR au pouvoir– les démocrates ont eu la majorité à la Chambre pendant plus de 60 ans et au Sénat, pendant plus de 50 ans. Pire encore, pendant 40 de ces années, il y avait aussi un démocrate à la Maison-blanche !

Ah… mais c’est sans doute que c’est une question de « super » majorité ? De filibuster des républicain ? Pas tout a fait. Cela n’explique pas que FDR – bénéficiant de majorités écrasantes au Sénat et à la Chambre pendant plus de 12 ans – n’y soit pas arrivé. Ou que le puissant comité Ways and Means, contrôlé par les démocrates, ait bloqué le projet de réforme de Kennedy.

Les divers projets de réforme de la santé ont le plus souvent été victime de la résistance des démocrates centristes. Trop chère. Trop big government, pas le bon moment, etc. Voilà quels étaient les motifs d’opposition… des démocrates centristes. Tantôt des opposants actifs aux propositions présidentielles (FDR, JFK), tantôt de faux alliés à ces dernières (Nixon, Carter, Clinton). Et maintenant… idem avec Obama ?

Trop heureux de profiter de l’échappatoire, plusieurs démocrates centristes ont rapidement conclu que l’élection de Scott Brown signifiait un rejet de la réforme de la santé. Un peu facile. Les citoyens du Massachusetts bénéficient déjà d’un système de santé comparable à ce que propose Obama. La vaste majorité d’entre eux (dont 68% de ceux qui ont voté à cette élection spéciale) sont en faveur du plan d’assurance santé de leur État !

Si les démocrates centristes voient dans la victoire de Brown un moyen de blâmer les républicains pour l’échec de cette réforme – cette lecture n’est valide que dans le belt-way. Le public américain – et les 46 millions d’américains sans assurance – se fiche éperdument de la balance au Sénat. En politique, on périt par là où on a péché. Attention aux promesses non tenues. Les démocrates ont fait campagne sur cet enjeu. C’est leur enjeu « signature ». Ils doivent maintenant livrer.

Les législateurs démocrates ont toujours une bonne majorité au Sénat, et une encore plus grande à la Chambre. Si le projet de réforme de santé devait échouer, les centristes démocrates devraient s’attendre à ce que l’électorat américain – comme il l’a fait en 1994 – leur fasse payer chèrement leur manque de leadership.

* À venir : Le bilan républicain en santé (tentatives et réussites) : pas si mal après tout !


Répondre à cet article
« Retour à la page d'accueil
  • Directeurs des chaires

    Autres participants

    • Marc-André Anzueto
      Marc-André Anzueto est agent de recherche au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix. Il est titulaire d’une maîtrise en science politique de l’UQAM et d’un baccalauréat en Études internationales de l’UdeM.
    • Roromme Chantal
      Roromme Chantal détient une maîtrise en études internationales (UdeM). Son projet de fin d’études, portant sur la stratégie d’affirmation de puissance de la Chine dans le contexte post-Guerre froide, fera l’objet d’une co-publication à paraître bientôt.
    • David Descôteaux
      David Descôteaux est associé à la Chaire d’études politiques et économiques américaines. Diplômé en sciences économiques et en science politique de l’Université de Montréal, il est économiste à l’Institut économique de Montréal et journaliste et blogueur indépendant.
    • Christine Fréchette
      Christine Fréchette est coordonnatrice de la Chaire d’études politiques et économiques américaines et de la Chaire d’études du Mexique contemporain du CÉRIUM. Elle dirige également le FINA et agit régulièrement comme analyste de la politique américaine dans les médias.
    • Jean-François Godbout
      Jean-François Godbout est Professeur adjoint au Département de science politique de l’UdeM, après avoir occupé un poste équivalent à l’Université Simon Fraser. Ses recherches portent principalement sur le Congrès et les élections américaines.
    • Noura Karazivan
      Noura Karazivan est actuellement doctorante en droit et chargée de cours en droit constitutionnel à la Faculté de droit de l’Université de Montréal. Ses recherches portent notamment sur l’extraterritorialité des droits de la personne.
    • Martin Koskinen
      Martin Koskinen est conseiller politique. Il analyse depuis plusieurs années l’organisation et les stratégies des campagnes électorales américaines. Il a auparavant été président de Force Jeunesse.
    • Guillaume Lavoie
      Guillaume Lavoie est directeur exécutif de Mission Leadership Québec, une initiative de positionnement stratégique permettant aux jeunes leaders de développer de nouveaux réseaux dans les régions d’intérêts stratégiques pour le Québec et le Canada. Depuis 2003, il est régulièrement collaborateur pour la radio et la télé sur la politique américaine.
    • Patrick Leblond
      Patrick Leblond est professeur à l’Université d’Ottawa. Il est membre associé du Réseau Économie Internationale (REI) qu’il a dirigé en 2007-08 lorsqu’il était aux HEC.
    • Jean-François Lisée
      Jean-François Lisée est directeur exécutif du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM).
    • Richard Nadeau
      Richard Nadeau (Ph. D. Montréal, 1988) est professeur titulaire au département de science politique de l’Université de Montréal et directeur de recherches (Opinion publique et processus démocratiques) à la Chaire d’études politiques et économiques américaines du Cérium.
    • Charles Noble
      Charles Noble est professeur et chef du département de science politique de la California State University, Long Beach. Spécialisé en politique américaine, il rédige actuellement un livre sur l’élection de 2008.
    • Étienne Tremblay-Champagne
      Etienne Tremblay-Champagne est coordonnateur au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix (ROP). Titulaire d’une maîtrise en Études internationales à l’Université de Montréal, il a également obtenu un baccalauréat à HEC Montréal.

Avec le soutien de








Vidéothèque


Publications


Dans les médias