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Pourquoi ne pas défendre l’État ?

par Charles Noble     28 septembre 2009 00h04

Après huit mois d’un combat féroce où les républicains se sont déchainés pour s’opposer à n’importe quelle réforme progressiste, la question suivante se pose : comment les démocrates devraient-ils riposter alors que les républicains font tout leur possible pour que rien de proposé par Obama n’aboutisse.

Jusqu’à présent, le président traite cette lutte comme une question de tactique législative : comment rassembler assez de votes au Congrès et au Sénat pour faire passer ses projets de loi. Si on cède sur les éléments clés, les principes même (c’est ainsi que ça se joue à Washington), il faut reconnaître la réalité politique. Mais, de toute évidence, cette approche est inopérante. Et elle est inopérante parce qu’elle élude la question la plus importante : comment contre-attaquer quand les conservateurs mettent en question l’état lui-même ? Quand les conservateurs rassemblent leurs partisans autour d’une levée de boucliers totale contre l’idée d’une réponse collective aux problèmes collectifs ? Quand ils prétendent qu’un président qui veut élargir le rôle de l’État est un fasciste ou un socialiste ou (aberration suprême !), les deux en même temps ?

À cet égard, il y a deux réponses possibles. La première, la réponse que préfère Obama, met en avant les avantages spécifiques des programmes publics bien qu’elle évite toute discussion de fond : que chaque avantage dont les américains profitent provient du fait que le gouvernement régule ou supprime le marché libre pour produire quelque chose que le marché libre ne va pas fournir pour tout le monde, que ce soit la retraite, la santé ou l’éducation. Selon les conseillers démocrates, de cette façon, on contourne l’opposition de principe de tant d’américains à l’idée de l’État et on les focalise sur les avantages dont ils profitent.

Mais comme les républicains l’ont démontré, pour beaucoup d’américains, leur opposition idéologique à l’idée de l’État les rend incapables de comprendre les détails des politiques sociales ou économiques ou de reconnaitre leur dépendance à l’égard de ces programmes. Évidemment, dans ce pays, nombreux sont ceux qui ne comprennent pas que Medicare est un programme public. Aucune mesure de discussion calme et rationnelle ne va les satisfaire. Ils s’opposent à une idée, point.

Donc, une deuxième voie s’ouvre pour Obama : il peut suivre l’exemple de Ronald Reagan et répondre à une idée par une autre idée. Aux États-Unis, presque tous ceux qui ont plus de quarante ans se rappellent la célèbre déclaration de Reagan : « le gouvernement n’est pas la solution, il est le problème ». C’était sa riposte à l’idée dominante de la « Great Society » de Lyndon Johnson : l’idée libérale qu’il faut plus de gouvernement pour faire face à n’importe quel défi. Tant qu’Obama n’aura pas formulé une alternative à la déclaration de Reagan, il restera sur la défensive, en essayant de contrer une idée fixe avec des chiffres et des statistiques.

Et pourtant, une réponse simple et efficace est disponible, là, à portée de main : Bien sûr, mettre en avant tout ce que le gouvernement fait, mais en soulignant ce que toutes ces choses ont en commun : elles proviennent du secteur public. On peut imaginer le discours : « Chers concitoyens. Vous aimez votre bibliothèque locale ? Votre sécurité sociale ? Votre Medicare ? Vos autoroutes ? Votre programme spatial ? Votre armée ? Vos marines ? Votre Internet ? Votre air et votre eau propres ? Et j’en passe… Tout cela, vous le devez au gouvernement. Il est temps de faire face à cette réalité. »

Malheureusement, Obama a presque tout fait pour éviter ce sujet-là. Mis à part quelques remarques critiques pendant la campagne et au début de son mandat contre l’idée conservatrice qu’on peut se passer du gouvernement, Obama n’a presque rien fait pour réhabiliter l’idée de l’état. Mais l’heure a sonné. Et pourquoi ne pas suivre cette voie ? D’après les évènements récents il n’a pas beaucoup à perdre et une guerre politique à gagner.


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