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Plusieurs choses que l’on n’est pas censé mentionner

par Charles Noble     11 septembre 2008 14h31

Si ces présidentielles vous rappellent ’Alice au pays des merveilles’, vous n’êtes pas le seul. Au fur et à mesure que se déroule cette campagne 2008, un phénomène incontestablement bizarre se produit : en dépit du bon sens, malgré la crise immobilière, le ralentissement de la croissance économique, la hausse du taux de chômage, deux guerres interminables et le choix d’une colistière incarnant les credo et la politique de l’extrême droite américaine, McCain remonte dans les sondages ! Il est même actuellement en tête.

Bien sûr, plusieurs explications possibles viennent à l’esprit. Après tout, la plupart des Américains sont, au fond, plus conservateurs que libéraux, penchent plus vers la droite que vers la gauche. De plus, McCain a de nombreux atouts dans son jeu : son passé de pilote de chasse et de héros de la guerre, son image de rebelle, ses positions contre Bush sur une série d’enjeux, dont le réchauffement climatique, et son soutien apporté à la réforme des lois sur l’immigration. Il est vrai qu’il a changé de position sur diverses questions évoquées pendant les primaires, quand il se présentait comme un conservateur pur et dur. Mais dès qu’il a fait sien le principe du changement, tout a été pardonné, devenant ainsi plus présentable aux yeux des modérés et des indépendants. Et pourtant, son choix de Sarah Palin- un choix fortement inattendu- démontre qu’il est fidèle à lui-même et qu’il est au fond un “ maverick ”, un franc-tireur.

Mais cette explication ne tient pas compte d’un facteur important : la candidature de McCain bénéficie d’un environnement politique tendancieux - un environnement dans lequel pratiquement personne, y compris Barack Obama, n’estime qu’on puisse discuter les caractéristiques les plus perturbantes de McCain ou les obstacles qui jalonnent le parcours d’Obama.

Regardez McCain : mis à part les commentaires chuchotés dans les couloirs par ses propres amis républicains, il est impossible d’avoir un débat franc et ouvert sur les effets psychologique de sa détention pendant cinq ans en tant que prisonnier de guerre et des mauvais traitements subis. Personne n’ose avancer que McCain pourrait souffrir de névrose traumatique. Il y a cependant des signes qui ne trompent pas : ses accès de colère imprévisibles et sa tendance à voir des ennemis partout. Serait-il raisonnable de choisir comme commandant en chef des armées un tel homme ; quelqu’un qui a le pouvoir de lancer des attaques militaires de son propre chef ? Mais il est hors de question de soulever le problème, de peur de déplaire à monsieur McCain.

En ce qui concerne Palin, personne ou presque ne se demande si, une personne appartenant à une église pentecôtiste ou, en transe, les gens profèrent des langues incompréhensibles, dont les membres croient dur comme fer que les délires du Livre des Révélations sont la parole de Dieu, y compris l’imminence de la fin du monde, constitue un bon choix pour la présidence. Mais on nous dit qu’on ne peut soulever la question, que c’est une affaire de religion, une affaire privée.

Obama, de son côté, doit jouer à cache-cache avec l’évidence : le fait que des millions d’électeurs vont voter contre lui du fait de sa race. Si par malheur il abordait la question, il serait accusé de jouer la carte de la race. Il ne peut donc pas saisir le problème à bras-le-corps. Vous parlez d’une campagne franche et ouverte !


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