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Les élections en Afghanistan s’ouvrent aujourd’hui dans un climat de violence alors qu’une série d’attaques a fait 12 morts hier. Les 750 soldats canadiens n’échappent pas aux tensions alors que deux d’entre eux ont été blessés jeudi soir par une bombe qui a explosé au passage de leur véhicule.
Joint par LE SOLEIL hier soir à Kaboul, le major Dany Laferrière, des Forces canadiennes, ne cachait pas sa fébrilité à la veille de l’ouverture du scrutin. Et ses craintes de voir les Talibans ruiner les premières élections parlementaires afghanes depuis 1969. "On se croise les doigts pour qu’il n’y ait pas de violence. C’est la dernière chose qu’on voudrait", dit le soldat en poste à Kaboul depuis sept semaines maintenant.
Responsable des relations publique au camp Julien, le major tient d’ailleurs à se faire rassurant au sujet de ses deux collègues légèrement blessés jeudi soir. "Ils ont subi seulement des coupures. Ils ont suivi à la lettre leur entraînement et leur équipement était adéquat, c’est ce qui les a aidés", estime Dany Laferrière. Selon l’enquête, un engin artisanal a été enterré sur le côté de la route et a explosé au passage du véhicule canadien.
Cet incident survenu à deux jours des élections vient rappeler aux soldats les risques auxquels ils s’exposent lors du scrutin. "L’Afghanistan est encore un pays instable malgré qu’on ait fait beaucoup de progrès. On ne doit jamais baisser notre garde et toujours rester vigilants", indique le major Dany Laferrière, qui doit sortir du camp Julien à l’occasion.
À l’instar des troupes de l’OTAN, les Canadiens demeureront plutôt en retrait aujourd’hui alors que la sécurité des 6270 bureaux de vote du pays a été confiée à 55 000 policiers et 28 000 soldats afghans. Les 11 000 soldats de la Force internationale d’assistance à la sécurité seront positionnés non loin et serviront de renforts en cas de débordements ou de violences.
"Les soldats de l’OTAN ont bien entraîné les Afghans et on a dénoté une augmentation de leur niveau de professionnalisme. On croit qu’ils sont en mesure de prendre soin de leur sécurité lors du vote", précise le major Dany Laferrière.
Cette stratégie de supervision en retrait adoptée par l’ensemble des contingents de l’OTAN cherche à prouver aux Afghans que leurs forces armées sont maintenant en mesure de les protéger efficacement.
Le chercheur Marc-André Boivin, du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, note d’ailleurs que la constitution d’une force de sécurité afghane représente jusqu’à présent l’un des plus grands succès de la reconstruction du pays.
"Les forces afghanes ont vécu une année très exigeante. Elles ont montré leurs premières velléités sérieuses de s’attaquer au trafic de la drogue. Elles ont mis beaucoup de pression sur les producteurs d’opium", indique-t-il. Leur tâche n’est toutefois pas aisée puisque plusieurs petits agriculteurs font vivre leur famille grâce à cette activité illicite.
Selon M. Boivin, les élections d’aujourd’hui marquent un tournant dans la mission de l’OTAN en Afghanistan. Le processus de Bonn adopté à la suite de l’invasion du pays au lendemain du 11 septembre prend d’ailleurs fin avec la tenue des élections législatives.
L’Alliance atlantique doit donc revoir son implication dans la région au lendemain de ce vote. Deux visions s’affrontent présentement. D’un côté, les pays européens, menés par la France et l’Allemagne, privilégient la poursuite d’une intervention de maintien de la paix. De l’autre, les Américains souhaitent intensifier la chasse aux terroristes en demandant aux membres de l’OTAN de se joindre à sa campagne d’imposition de la paix dans les régions encore instables du pays.
A Savoir
2760 candidats pour 249 sièges à la Wolesi Jirga (l’Assemblée nationale) ; 68 sièges sont réservés aux femmes et 10 aux nomades kutchis.
3015 candidats pour les 420 sièges de 34 conseils provinciaux. Un sur quatre est réservé aux femmes.
12,5 millions d’électeurs inscrits (41,6 % de femmes)
40 millions de bulletins de vote comptant d’un à sept feuillets. De nombreux électeurs étant illettrés, ils sont illustrés de photos et de symboles pour distinguer les candidats.
Le dépouillement débute mardi ; un premier résultat provisoire sera annoncé lorsque 20 % des bulletins auront été dépouillés par province, ce qui pourrait prendre un ou deux jours. Les résultats définitifs sont attendus aux alentours du 5 octobre, leur proclamation officielle pour le 20-22, une fois examinées les éventuelles contestations

Marc André 