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Les défis du président Obama et de l’OÉA en Amérique latine

par Marc-André Anzueto     4 juillet 2009 22h56

Moins de sept ans après la tentative de renversement du président du Venezuela, Hugo Chavez, le président du Honduras, Manuel Zelaya, est arrêté à son domicile le 28 juin, par des militaires qui ont reçu l’ordre de la Cour suprême d’empêcher la tenue d’une consultation populaire jugée illégale et de le destituer. Le président Chavez, le président bolivien, Evo Morales, et l’Organisation des États américains (OÉA) ont a tour de rôle condamné ce « coup d’État ». Manuel Zelaya a immédiatement demandé au président américain, Barack Obama, « s’il était derrière cela ». Ce dernier a exprimé le lendemain son soutien à son homologue hondurien en déclarant, « nous croyons que le président Zelaya demeure le président du Honduras, le président démocratiquement élu ». La crise actuelle au Honduras représente un défi pour la nouvelle politique des États-Unis envers l’Amérique latine de même que l’OÉA dont l’existence est de plus en plus remise en question notamment par les membres de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA), bloc économique antilibéral créé en 2004 par Cuba et le Venezuela.

Opération séduction : le dégel des relations américano-cubaines et la normalisation des relations avec le Venezuela

Avant le 5e Sommet des Amériques qui s’est tenu du 17 au 19 avril dernier à Port-d’Espagne, capitale de Trinité-et-Tobago, le président des États-Unis, Barack Obama, a déclaré qu’il « a toujours existé une inquiétude (…) un sentiment que les États-Unis ont la main trop lourde en matière de politique étrangère en Amérique latine. Ce n’est pas quelque chose qui est apparu sous l’administration Bush » . Le président Obama était conscient du spectre de la doctrine Monroe du XIXe siècle dans l’imaginaire collectif des latino-américains et les nombreuses ingérences dans les affaires internes dont les coups d’États contre Jacobo Arbenz en 1954 au Guatemala et Salvador Allende au Chili en 1973 sont constamment évoqués. Alors que le respect du principe de non-intenvention est l’un des principaux articles de la Charte de l’OÉA, l’histoire du XXe siècle a exposé l’usage très subjectif que les États-Unis en ont fait, ce qui a largement discrédité cette organisation . La suspension de Cuba de l’OÉA en 1962 et les tentatives d’isolement de l’île par les États-Unis n’a guère contribué à donner du lustre à la plus vieille organisation régionale du monde. Or, lors du 5e Sommet des Amériques, le président Obama a officiellement annoncé les débuts d’une nouvelle ère avec Cuba . Aux dires du président américain dans son discours de clotûre du dernier sommer interaméricain, « the policy we’ve had in place for 50 years hasn’t worked the way we wanted it to (...) the Cuban people are not free » . Le 3 juin 2009, l’OÉA a décidé au cours de la 39e Assemblée générale à San Pedro Sula au Honduras d’abroger les mesures qui avaient suspendu Cuba de l’organisation interaméricaine depuis 1962. Toutefois, les espoirs de normalisation des relations se sont heurtés au refus du gouvernement cubain de réintégrer l’OÉA au lendemain de la levée de sa suspension. De fait, l’ancien dirigeant cubain, Fidel Castro, a souvent décrié l’inefficacité de l’organisation et écrit un texte en avril intitulé L’OÉA a-t-elle le droit d’exister ?

L’arrivée au pouvoir du président Barack Obama semble également avoir amélioré les relations entre le Venezuela et les États-Unis qui ont été, somme toute, exécrables lors des deux mandats de l’administration Bush. En septembre 2008, le président Chavez avait ordonné l’expulsion de l’ambassadeur des États-Unis, en signe de solidarité avec son homologue bolivien, Evo Morales, qui avait chassé l’ambassadeur américain accusé d’attiser les tensions politiques en Bolivie. Lors du sommet des Amériques à Trinidad-et-Tobago, le président Obama s’est engagé à avoir « un partenariat d’égal à égal » avec les pays latino-américains. Le président Chavez lui a alors serré la main et offert le livre d’Eduardo Galeano intitulé, Les Veines ouvertes de l’Amérique latine. Le 24 juin dernier, le ministère vénézuelien des Affaires étrangères a annoncé que les deux pays allaient rétablir à leur poste leurs ambassadeurs respectifs pour « permettre une communication plus fluide ». Néanmoins, la rhétorique antiaméricaine de Chavez se poursuit. Lors du 6e sommet de l’ALBA à Maracay en juin, le président vénézuelien a entraîné le bloc antilibéral des Amériques dans son soutien au régime iranien voyant « la main de la CIA » dans les manifestations contre le résultat de la récente présidentielle iranienne.

Opération séduction : la crise au Honduras

La prise de position des États-Unis face à la crise actuelle au Honduras offre la possibilité de contenir l’influence des principaux ténors de la gauche radicale latino-américaine, notamment les pays membres de l’ALBA. Selon Kevin Casas Zamora, expert de l’Institut Brookings de Washington et ancien vice-président du Costa-Rica, « l’opportunité est trop belle pour les États-Unis de donner une preuve tangible qu’ils prennent au sérieux le climat de bonne volonté qu’ils ont réussi à obtenir lors du 5e Sommet des Amériques ». De plus, il y a une opportunité de prouver au reste de la communauté interaméricaine que la période d’ingérence politique et militaire en Amérique centrale est révolue. Par contre, il reste que les États-Unis, en particulier l’OÉA, font face à des défis au sujet de la médiation entre les protagonistes honduriens. La crédibilité de l’organisation régionale est sous la loupe de plusieurs des pays latino-américains qui ont déjà mis sur pied l’Union des nations sud-américaines (UNASUR), une organisation supranationale en émergence qui pourrait un jour venir concurrencer l’OÉA. Le Secrétaire général de l’OÉA, José Miguel Insulza, a annoncé le 1er juillet qu’il donnait un délai de 72 heures pour réinvestir le président déchu dans ses fonctions sous peine d’être suspendu de l’organisation en vertu de la Charte démocratique interaméricaine . Manuel Zelaya compte rentrer ce week-end à Tegucigalpa, capitale du Honduras, sous l’escorte de la présidente argentine, Cristina Kirchner, le président équatorien Rafael Correa et Monsieur Insulza. Les prochaines heures risquent d’être décisives alors que l’isolement international du Honduras se poursuit.


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