Le Devoir :
Édition du mercredi 22 avril 2009
Il faut assainir le système financier, croit Lionel Jospin
Claude Lévesque
« Si l’intervention massive des banques centrales et des États a stoppé la panique, il est trop tôt pour affirmer que la crise financière est finie. Il faudrait pour cela que le système soit assaini, ce qui à mon sens n’est pas le cas », a affirmé lundi soir l’ancien premier ministre français Lionel Jospin, lors d’une conférence prononcée à l’Université de Montréal. Resté plutôt discret depuis son retrait de la vie politique en 2002, après sa défaite à l’élection présidentielle, l’homme politique socialiste a décrit avec une rigueur toute professorale les ressorts d’une « crise d’ensemble du système économique », qui a pris sa source dans la spéculation et l’endettement avant de se propager à l’économie réelle. Les efforts de relance consentis par les principales puissances économiques, totalisant environ 2% du PIB mondial, suffiront-ils pour assurer une sortie rapide de la récession ? « Il est sans doute trop tôt pour juger », a admis M.Jospin, qui en revanche a longuement insisté sur la nécessité d’ « entreprendre maintenant une démarche d’assainissement, de régulation et de réforme du système monétaire et financier mondial ». Invité par le Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM), Lionel Jospin a dit voir un bon signe dans la multiplication des rencontres du G20, « une instance plus large et plus représentative des nouveaux rapports de force économique mondiaux » que le G8. Néanmoins, « les pas en avant » accomplis par le dernier G20, le 2 avril à Londres, « sont à mon sens très insuffisants », a-t-il ajouté. Les mesures visant les paradis fiscaux et les « fonds spéculatifs systémiques » dans le communiqué final lui paraissent trop timides. D’autre part, M. Jospin a dit regretter que la supervision du système monétaire et financier ait été confiée à un Conseil de stabilité financière, « une instance informelle [sic] », plutôt qu’au FMI, qui se voit ainsi « confirmé dans un rôle de pompier ». « On peut craindre qu’une fois la tourmente passée, et malgré les déclarations d’intention, le jeu reprenne comme avant », a-t-il affirmé.
Déçu du G20
D’autant plus que le G20 de Londres a, selon lui, carrément fait l’impasse sur « l’hypertrophie de la sphère financière », sur l’instabilité des taux de change entre les monnaies et sur « le partage de la valeur ajoutée entre les salaires et les profits ». Dissémination du risque à cause des produits dérivés toujours plus complexes, appât du gain, imprudence des acteurs financiers, manque de vigilance des banques, des agences de notation et des autorités de contrôle, passivité des banques centrales et des États, « chacun a sa part de responsabilité dans les dysfonctions », a diagnostiqué l’homme politique français. « Mais c’est le système financier lui-même qui est en déséquilibre. » « Depuis 30 ans, on a laissé se creuser un écart extravagant entre la sphère financière et l’économie réelle. La première est aujourd’hui 50 fois supérieures à la seconde », a-t-il poursuivi, précisant qu’en 2005, les marchés boursiers atteignaient déjà un montant plus élevé que le PIB mondial (51 000 milliards contre 44 000 milliards), alors que les transactions sur les marchés des changes lui étaient 10 fois supérieures et les transactions sur les différents produits dérivés, 30 fois supérieures. Le passage de la crise financière à l’économie productive était inévitable, croit Lionel Jospin, qui l’a décrit comme suit : « La sphère financière a progressivement imposé sa loi à la sphère productive. Pour assurer des revenus considérables aux actionnaires et aux acteurs financiers, il a été réclamé aux entreprises des […] marges de profit déraisonnables par rapport aux normes anciennes, souvent de l’ordre de 20% ou plus. » Résultat de cette pression : délocalisations d’entreprises vers des pays à bas salaires, austérité salariale et anémie de la consommation, contrée par « l’expédient de l’endettement. » Les crises financières qui ont frappé différentes régions du monde, dont le Mexique, la Russie et l’Asie du Sud-Est au cours des années 1990 étaient autant de signaux d’alarme, mais comme elles survenaient à l a « périphérie » du système économique, elles n’ont pas amené de réformes en profondeur. Le fiasco des subprimes, au contraire, s’est produit au cœur de ce système, aux États-Unis. Il a déclenché ce qu’il est convenu de décrire comme la pire crise économique depuis celle de 1929.
Radio-Canada, C’est bien meilleur le matin :
Émission du lundi 20 avril 2009
L’avenir de la gauche après la crise financière
René-Homier Roy
L’ancien premier ministre français Lionel Jospin est de passage au Québec. Il présentera ce soir une conférence sur les premières leçons à tirer de la crise financière. L’événement est organisé par le CERIUM, le Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal. Pour plus d’informations consultez le site Internet www.cerium.ca.
Pour écouter l’entrevue avec Lionel Jospin
Radio-Canada, Christiane Charette :
Émission du lundi 20 avril 2009
Lionel Jospin, politicien au verbe agile
« Je suis un retraité, je suis redevenu un citoyen ordinaire. » L’ex-premier ministre français Lionel Jospin, candidat présidentiel socialiste déchu lors des élections de 2002, est toujours hautement intéressé par la politique actuelle.
« Je suis quelqu’un de sérieux, pas forcément austère. » Lionel Jospin a dû mettre fin à sa carrière en politique active après avoir été battu au premier tour par les candidats de droite (Jacques Chirac) et d’extrême droite (Jean-Marie Le Pen).
Lionel Jospin a aussi été ministre de l’Éducation nationale (1988-1992) et a agi à titre de premier secrétaire du Parti socialiste français entre 1981 et 1988.
Lionel Jospin est de passage à Montréal pour prononcer une conférence sur les premières leçons de la crise financière et économique actuelle, ce soir à 19 h à l’Université de Montréal.
Cet événement est organisé par le CÉRIUM, qui célèbre ainsi de belle façon son 5e anniversaire. On peut s’inscrire à l’événement en se rendant sur le site du CÉRIUM.
Pour écouter, l’entrevue au complet, cliquez-ici

