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Les États-Unis et nous

par Pierre Martin     29 février 2012 08h21

Hier, les électeurs du Michigan et de l’Arizona ont donné le ton à une campagne présidentielle qui continuera de captiver les Québécois jusqu’en novembre. Pourquoi cette élection est-elle si importante pour nous ? Est-ce à cause de l’impact de l’élection sur le commerce ?

Ça n’a rien à voir. Depuis l’adoption des accords de libre-échange, les conditions économiques et les obstacles liés à la sécurité à la frontière ont été beaucoup plus importants que l’orientation partisane de l’une ou l’autre des branches du gouvernement américain pour expliquer les hauts et les bas de nos exportations vers les États-Unis.

De plus, ce n’est pas l’ouverture du commerce qui détermine notre perception des Américains. En fait, les enjeux qui conditionnent la perception générale des États-Unis chez nous sont beaucoup plus liés aux orientations de politique étrangère et aux valeurs sociales et politiques promues par le président.

Les sondages montrent depuis longtemps que, lorsque la politique étrangère américaine va à l’encontre de la vision du monde des Québécois, ceux-ci sont plus réticents à appuyer ces orientations. C’était le cas lors des débats sur la participation canadienne aux guerres d’Irak et d’Afghanistan, tout comme celui sur la participation au bouclier anti-missile de George W. Bush. (Pour une analyse détaillée de ces différences, voir mon article récent ici.)

Et ce n’est pas seulement la politique étrangère qui compte. Si l’image des États-Unis aux yeux des Québécois s’est fortement détériorée pendant la présidence de Bush fils, c’est largement à cause du conservatisme social, religieux et économique qui marquait le discours politique américain, un discours aux antipodes de la culture politique québécoise.

Quand on considère que ce bon vieux « W » serait jugé trop modéré en 2012 pour gagner l’investiture républicaine, il devient facile de comprendre pourquoi l’immense majorité des Québécois préféreront de loin que les Américains réélisent Barack Obama.

L’opinion des Québécois sur les États-Unis suit en général le même tracé que celle des autres Canadiens, tout en étant presque toujours moins favorable, surtout en temps de guerre. Toutefois, la présence d’un démocrate à la Maison-Blanche augmente considérablement la cote des États-Unis au Québec et fait pratiquement disparaître la différence avec le reste du Canada.

En 2004 et en 2008, les Québécois étaient parmi les plus favorables au monde à l’élection d’un démocrate à Washington. Dans les sondages annuels Environics, seuls 45% des Québécois en 2007 et 39% en 2008 se disaient favorables aux États-Unis, comparativement à 69% et 77% en 2009 et 2010.

Il est donc plutôt facile de prédire ce que l’élection d’une figure emblématique du capitalisme inégalitaire comme Mitt Romney ou d’un porte-parole de la droite religieuse extrémiste comme Rick Santorum ferait à l’image des États-Unis au Québec.

Plus important encore, un net virage à droite aux États-Unis donnerait aux conservateurs canadiens une assurance et une légitimité inestimables, ce qui cautionnerait à leurs yeux une accélération de l’entreprise de transformation de la culture politique et de la politique étrangère canadiennes déjà enclenchée par le gouvernement majoritaire de Stephen Harper.

L’écart déjà manifeste entre les valeurs sociales et politiques des Québécois et celles du Canada des conservateurs pourrait alors se transformer en gouffre infranchissable. Qu’adviendrait-il alors à un Peter White, qui s’inquiète déjà que les valeurs de son propre parti sont de plus en plus indigestes pour les Québécois, ou à un Justin Trudeau qui, dans un moment d’emportement, a dit préférer un Québec souverain à un Canada redéfini à la mode Harper ?

Oui, cette élection aux États-Unis est fondamentale pour nous et elle mérite toute l’attention que nous lui porterons jusqu’en novembre, mais son importance n’a pas grand-chose à voir avec le flot des camions et des trains à la frontière. Elle a tout à voir avec la vision de la société et de la politique qui l’emportera.

Cet article est paru dans La Presse le 29 février.


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