Le Centre d'études et de recherches internationales (CÉRIUM) a pour mission de favoriser le développement des connaissances sur les questions internationales. Cette mission s'accomplit à travers des activités de recherche, de formation et de rayonnement.
  25 novembre 2006
La Presse

Le ventre plein

La performance et la progression du Canada au cours des dernières années est remarquable

Sommes-nous trop gâtés ou simplement blasés ? Pourquoi préférer la contemplation de nos misères à la célébration de nos réussites ?

Le premier ministre Chrétien en a fait ricaner plusieurs, lorsqu’il plastronnait à propos du "Canada plus meilleur pays au monde". En effet, à la fin des années 1990, le pays était au premier rang dans l’index du développement humain. Dans le dernier rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Canada se situe au sixième rang, à un cheveu des meneurs ( http://hdr.undp.org/). La nouvelle est passée pratiquement inaperçue. C’est regrettable, car le rapport est plein d’enseignements. La compétition, implicite dans tout classement, n’a que peu d’intérêt. Ce qui compte ce sont les progrès que nous réalisons sur nous-mêmes. Or la performance et la progression du Canada est remarquable.

Le développement c’est la liberté

Bien sûr, on trouve encore trop de misère, de maladie et d’ignorance et l’on doit s’en occuper. Centraide nous le rappelle régulièrement. Le classement du PNUD ne permet pas d’apprécier les inégalités dans un même pays. Les différences de revenus, les disparités en éducation et surtout l’inégale espérance de vie divisent notre société en deux mondes. Il n’y a pas lieu d’être complaisant.

L’indice du développement humain est un outil important qui tente de répondre aux insuffisances des indicateurs de développement qui ne considèrent que les facteurs économiques. Le professeur Amartya Sen, récipiendaire du "prix Nobel" d’économie en 1998, s’est fait connaître par ses réflexions sur la pauvreté. L’index de développement humain s’inspire de ses travaux et tente de mesurer la qualité de vie. De bonnes conditions de vie, cela requiert la liberté de faire des choix. Les possibilités s’ouvrent quand la personne dispose d’un revenu suffisant, de l’accès à l’éducation et aux services de santé et n’est pas soumise aux abus d’un gouvernement dictatorial.

Ces trois indicateurs (revenus, éducation et santé) sont réunis dans l’indice de développement humain. Le Canada se place en 8e place au monde pour l’espérance de vie, au 10e rang pour les revenus par habitant (compte tenu du pouvoir d’achat) et au 17e pour le taux de fréquentation scolaire. Il ne suffit pas d’être en tête, l’important est d’y demeurer.

Les progrès réalisés au cours des années ont été importants. Au niveau de développement qui était le nôtre en 1975 nous serions aujourd’hui au 35e rang, derrière la Grèce et l’Espagne, et juste devant la Hongrie, l’Argentine et la Pologne. Notre progression dans l’échelle du développement humain est équivalente à celui de la Suède, mais moins impressionnante que celle de l’Irlande et de l’Australie.

La liberté c’est la mondialisation

La revue Foreign Policy publie depuis quelques années son index de la mondialisation. Encore une fois il s’agit d’une mesure composite qui apprécie l’ouverture internationale en considérant le degré d’intégration économique (commerce, investissements), l’engagement politique au plan international, la diffusion des nouvelles technologies de l’information et la densité des liens personnels avec le reste du monde.

Dans la livraison de novembre 2006 de la revue, on apprend que le Canada se situe, ici encore, au sixième rang. Il est surtout remarquable de constater, en combinant les deux index, que les 15 pays les plus "mondialisés" sont non seulement parmi les plus prospères, mais se situent, à deux exceptions près, parmi les 20 pays dont l’index de développement humain est le plus élevé.

Voilà qui confirme, une fois de plus, que l’ouverture au monde va de pair avec une meilleure qualité de vie.

  • Philippe FaucherPhilippe Faucher

    Philippe Faucher est chercheur associé du CÉRIUM et membre du Réseau économie internationale (REI). Il est également l’ancien directeur du département de science politique de l’Université de Montréal (2005-2009).
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