En 1991, un jeune Chinois, dont la modeste famille avait été contrainte pendant le Grand Bon en avant et la Révolution culturelle de vivre dans les montagnes en périphérie de Guangzhou, est accepté à l’Université de Pékin. Du jamais vu dans son village. « Informé de la nouvelle, le directeur du comté avait fait installer une banderole sur les murs de la préfecture. Tout le monde a appris la nouvelle avant moi. J’étais en train de récolter le riz. »
Celui que le Département de science politique a engagé il y a deux ans à titre de professeur n’est pas au bout de ses peines. Dès sa tendre enfance, ce spécialiste de la politique internationale aide sa mère à faire la moisson dans les rizières. « Elle était la seule à subvenir aux besoins de huit personnes. Mon grand-père était trop âgé pour travailler et mon père, qui avait été forcé de construire des barrages pendant plusieurs années, était très malade. Nous étions pauvres et n’avions que de la soupe de riz à manger. Malgré tout, mes quatre frères et sœurs et moi avons toujours été encouragés par nos parents à faire des études », dit le benjamin.
Depuis la commune dans les montagnes où il vit, Zhiming Chen étudie très fort. Après l’académie militaire et l’Université de Pékin, il s’inscrit au baccalauréat à l’Université de Tokyo grâce à une bourse d’études du ministère japonais de l’Éducation. Il y avait été accepté à la condition qu’il apprenne la langue japonaise. « Je ne parlais ni ne comprenais aucun mot en japonais, confie M. Chen dont la langue maternelle est le cantonais. J’avais trois mois pour y parvenir, sinon la bourse allait être remise à quelqu’un d’autre. »
Exploit réussi. Zhiming Chen quitte de nouveau son village natal. C’est le début d’un parcours exceptionnel qui le conduira, grâce à d’autres bourses d’études, à l’Université Yale, au Connecticut, où il fera un doctorat spécialisé en science politique et relations internationales, avant d’être embauché par l’UdeM en 2007.
« Je suis très heureux au Québec, indique dans un français impeccable le jeune professeur. J’apprécie mes collègues de travail, la qualité de vie qu’offre Montréal et sa diversité culturelle. Ma vie est maintenant ici. »
Zhiming Chen devant son village, dont il fut le premier diplômé universitaire. (Photo fournie par Zhiming Chen)
Érudit et polyglotte

Zhiming Chen était venu une première fois à Montréal en 2005 avec son conjoint, Christopher Hossfeld, un compositeur, chef de cœur, pianiste et chanteur américain reconnu dans le milieu musical. Les deux hommes s’étaient mariés aux États-Unis et avaient choisi la métropole pour leur lune de miel. Sans savoir que son vœu allait être exaucé, M. Chen avait alors lancé à la blague : « Ce serait bien si je pouvais trouver du travail ici et que nous puissions venir y vivre. »
Lorsque l’Université lui fait une proposition d’emploi, le chercheur n’hésite pas une seconde. Même s’il doit apprendre la langue de Molière. Un détail pour M. Chen, convaincu qu’avec de la détermination on peut déplacer des montagnes. « Quand on est motivé, à peu près rien ne peut nous arrêter. Et puis, c’est ma carrière qui était en jeu. » Avec l’appui de la Faculté des arts et des sciences, qui met la professeure de langue Nicole Lalonde à sa disposition, une quarantaine d’heures de cours lui suffit pour maitriser le français. « Cela a été un peu difficile au début, admet-il, car j’étais isolé. Je n’avais pas de charge d’enseignement ni d’amis avec qui m’exercer. Je profitais de toutes les occasions pour parler français, à l’épicerie, dans les magasins... J’écoutais la télé et la radio en français et je répétais aussi avec des CD. »
Polyglotte − il parle huit langues, dont le mandarin, l’espagnol, le japonais et l’arabe −, M. Chen est l’auteur de plusieurs chapitres de livres et d’articles publiés dans des revues scientifiques francophones, ce qui lui a donné une crédibilité dans le milieu universitaire. Le professeur Chen, qui se passionne pour la culture et l’histoire de la Chine, entretient même un blogue pour la revue Global Brief. Son expertise est souvent sollicitée par les médias nationaux et internationaux.
Tous ceux qui connaissent M. Chen le diront, c’est un homme discret qui marque par son érudition, son flair politique et sa grande détermination.
Adepte de musique et de vélo
Depuis 10 ans, Zhiming Chen étudie différentes facettes de la politique internationale. Ses travaux sont principalement axés sur la politique étrangère de la Chine, la politique chinoise et la sécurité asiatique et mondiale. Depuis qu’il est à l’UdeM, il collabore à divers projets de recherche avec des collègues de son département et des chercheurs du Centre d’études de l’Asie de l’Est et du Centre d’études et de recherches internationales.
Fort de ces années d’expérience en recherche, Zhiming Chen était néanmoins un peu effrayé à l’idée de se retrouver devant une classe d’étudiants francophones. « Aux États-Unis, les cours ont une durée de 45 minutes, mentionne-t-il. J’appréhendais un peu de devoir enseigner pendant trois heures. Après le premier cours, où j’ai eu du mal à m’arrêter, je ne me faisais plus de souci », relate-t-il en riant.
En plus de ses tâches d’enseignement et de recherche, le chercheur a participé à l’organisation du colloque « La Chine est-elle déjà une superpuissance ? », qui a eu lieu sur le campus le 29 septembre, la veille des célébrations du 60e anniversaire de la proclamation de la République populaire de Chine.
Dans ses temps libres, le politologue assiste à des concerts de musique classique de l’Orchestre symphonique de Montréal et à la Faculté de musique, fait du vélo à Pointe-Saint-Charles, où il vient d’acheter une maison, et... apprend d’autres langues. Présentement, il s’initie à l’allemand.
Dominique Nancy
Source : UdeM Nouvelles


