Où se trouve l’épicentre de la politique américaine en ce moment ? Où est le point le plus chaud chez nos voisins du sud au cœur d’un hiver particulièrement rigoureux ? Oubliez Washington et l’Arizona pour le moment, à droite comme à gauche, on s’entend pour dire que l’action se passe à Madison, Wisconsin. Depuis plus de dix jours, les employés syndiqués de l’État (enseignants, policiers, pompiers, et autres) occupent, avec l’aide de milliers de leurs concitoyens en colère, le magnifique capitole de l’État et la grande place qui l’entoure. En dix jours, il n’y a eu aucun geste de violence, pas même la moindre allusion à la violence ou aux armes, même si les pancartes des manifestants ne laisse rien cacher de leur colère (et de leur humour, sinon de leur civilité ; voir ici et ici). Pendant ce temps, 14 sénateurs démocrates ont fui l’État et paralysent ainsi le cheminement d’un projet de loi qui est une véritable bombe politique.

Au nom de l’austérité financière, le gouverneur républicain Scott Walker a proposé rien de moins que l’abolition du droit à la négociation collective pour tous les employés de l’État et des municipalités, en plus de se donner carte blanche pour privatiser, sans appel d’offres, les actifs de son État. Ses actions sont surveillées attentivement par tous ses homologues, alors que les États sont aux prises avec une situation budgétaire impossible. À côté de ce projet de loi, approuvé ce matin par la chambre basse malgré les hauts cris des démocrates, toutes les lois spéciales adoptées au Québec depuis les années 1970 ont l’air bien timides. L’objectif des républicains n’est pas seulement l’austérité budgétaire—en fait, les syndicats étaient prêts à des sacrifices considérables.
Non, l’objectif est de casser les syndicats, purement et simplement, en leur imposant un traitement de choc qui laissera des traces profondes. Et si ça marche, il y aura des suites ailleurs. En réponse à un émule américain des Justiciers masqués qui l’a surpris au téléphone en se faisant passer pour le milliardaire et principal bailleur de fonds de Walker, David Koch, Scott Walker s’est dit conscient d’être le « premier domino ». Les ambitions de Koch sont connues : se débarrasser des syndicats… tous les syndicats. Pour ce qui est des ambitions de Walker, elles ne sont pas difficiles à extrapoler en cette année pré-électorale où l’extrême droite se cherche un héros pour la délivrer du « Mal » de Barack Obama.
Pendant ce temps, que fait le président ? Il attend, il temporise, il espère qu’un compromis surgira de nulle part. Il avait pourtant fait la promesse suivante, sans équivoque, lors de sa campagne présidentielle, le 3 novembre 2007, à Spartanburg, en Caroline du Sud :
« Understand this : If American workers are being denied their right to organize and collectively bargain, when I’m in the White House, I will put on a comfortable pair of shoes myself, and I’ll walk on that picket line with you as President of the United States of America.”
On peut le voir et l’entendre ici (allez à 0:45) :
Bien sûr, il est peu probable qu’Obama donne suite à cette promesse, mais tôt ou tard il devra se mouiller et établir fermement ses positions. Selon Gallup 61 % des Américains (dont 41 % des républicains et 62% des indépendants) s’opposent à l’élimination du droit à la négociation collective. Pour lui, une prise de position nette pour les travailleurs de l’État n’est pas sans risque politique, mais il court sans doute plus de risque en s’effaçant comme il semble déterminé à faire.
En plus de mettre des souliers confortables (et chauds), il gagnerait donc aussi à mettre ses pantalons… Ceux qui l’ont élu en 2008 l’attendent à Madison. C’est une histoire à suivre.





