Version originale en allemand
Résumé
Le Monde mesuré analyse le discours et les pratiques d’exploration du monde inconnu de l’âge des Lumières à travers les programmes européens de circumnavigation des années 1770-80. L’ouvrage met tour à tour en perspective les a priori scientifiques de la technique d’orientation géographique de ces entreprises qui parachèvent la carte du monde ; la forme médiale spécifique qu’elles prennent par le biais de relations imprimées et richement illustrées circulant sur plusieurs pays ; les déplacements sémantiques, avec l’usage naissant de termes tels « indigène », « civilisation », « Européen », que ces pratiques induisent ; finalement les représentations esthétiques et littéraires dont elles sont l’objet. Un ensemble de figures nouvelles apparaît ainsi : l’artisan horloger et ses chronomètres marins faisant concurrence au pouvoir de l’astronome royal ; le voyageur auteur de sa relation qui, tel Bougainville, Cook ou Forster, détrône l’ancien compilateur ; l’indigène des mers du Sud, introduit comme sujet anthropologique ; mais également le public européen auquel ce discours de la découverte s’adresse désormais plus qu’aux monarques ou aux savants. L’approche transversale et comparée montre ici que les différentes représentations – scientifiques, médiatiques, fictionnelles – liées à ces pratiques exploratoires se font échos et imbriquent les termes du savoir et du pouvoir pour défaire ceux de la souveraineté traditionnelle.

