CERIUM - Centre d'études et de recherches internationales
  11 mars 2007
La Presse

Le début d’un temps nouveau ?

L’élection de Ségolène Royal et de Hillary Clinton, s’ajoutant à la présence d’Angela Merkel en Allemagne, représenterait une avancée de taille dans la conquête féminine du pouvoir

Autrefois directrice de cabinet du premier ministre René Lévesque, puis haute fonctionnaire, l’auteure est conseillère spéciale affaires publiques et analyse stratégique chez HKDP et membre du conseil du Centre d’études et de recherches internationales.

On a si souvent entendu annoncer que, "pour la première fois", une femme avait été élue à la tête d’une grande organisation, d’un parti politique ou d’un pays qu’on s’est presque habitué au phénomène, tout en sachant très bien que ces premières fois n’ont été, la plupart du temps, qu’un feu de paille.

Au Canada, le règne de la première ministre conservatrice Kim Campbell fut si court, en 1993, très exactement 123 jours, que sur le site Internet de Radio-Canada consacré aux "femmes au pouvoir", il est écrit que jamais le pays n’a été dirigé par une femme ! Et aujourd’hui, dans le monde, il n’y a toujours que 11 femmes chefs d’État ou de gouvernement, alors que l’on compte 191 pays membres de l’ONU.

La possibilité que deux femmes accèdent bientôt à la plus haute marche du podium de deux des plus grandes puissances du monde, les États-Unis et la France, annonce-t-elle un renversement de l’équilibre ? L’élection de Ségolène Royal, en 2007, et celle d’Hillary Clinton, en 2008, s’ajoutant à la présence d’Angela Merkel à la tête de la chancellerie allemande, depuis octobre 2005, représenteraient certes une avancée de taille dans la conquête féminine du pouvoir. Imaginons simplement le nouveau portrait de famille du très sélect G-8, avec trois femmes au premier plan.

Mais tout cela est encore loin d’être acquis. De la même manière que l’Allemande Angela Merkel, déjà surnommée "Mère Courage", a obtenu son titre à l’arraché, Ségolène Royal et Hillary Clinton devront batailler fort pour accéder au poste suprême.

Sexisme

Il faut dire que les attaques dont elles sont l’objet ne sont pas dénuées du sexisme qui caractérise encore les grands lieux de pouvoir.

Aux États-Unis, la campagne anti-Hillary ne connaît pas de limites, rendue d’autant plus hargneuse que l’ex-première dame devance nettement, en début de course, tous ses rivaux démocrates. "Les femmes de pouvoir portent un fardeau plus lourd Personne n’aime voir une femme devenir trop puissante, trop solide, trop habile", peut-on lire dans le dernier numéro du magazine branché californien Mother Jones, qui analyse sans complaisance, sur plusieurs pages, les innombrables critiques et ragots sexistes qui circulent à propos de la sénatrice de New York.

En définitive, ce qui compte le plus, dans le regard sexiste porté sur les femmes politiques, c’est précisément la difficulté, voire le refus de reconnaître comme positives certaines qualités "viriles", pourtant si nécessaires dans l’arène : l’ambition, une agressivité bien dosée, la ruse et même le calcul. Les stéréotypes de notre enfance sont encore bien vivants.

Mais les coups bas en politique n’ont pas été inventés pour barrer la route aux femmes. L’ironie mordante, le mépris, les insultes, de même que l’amplification de certains traits caractéristiques sont monnaie courante et vont le demeurer, pour le meilleur et pour le pire, au grand plaisir des chroniqueurs et caricaturistes. (...)

Le vrai problème pour les femmes politiques, c’est qu’elles sont encore trop peu nombreuses. Si bien que chaque défaite est facilement perçue comme une défaite pour toutes les femmes. Et cela pourrait encore se produire, en France comme aux États-Unis, en cas d’insuccès de Ségolène et d’Hillary. Le changement de donne interviendra quand il y aura autant de femmes que d’hommes sur le devant de la scène et qu’on cessera de considérer le phénomène comme exceptionnel.

Les femmes devront donc, sans avoir à s’en excuser, cultiver l’ambition, l’assurance, le goût de vaincre et, surtout, développer la capacité d’encaisser tous les coups, d’où qu’ils viennent, même les plus bas. Elles devront apprendre à survivre et à durer, apprendre à devenir des "dures". Pour enfin arriver à faire passer à l’avant-plan ce qui compte vraiment : les idées, la vision et l’aptitude à générer la confiance.

Nous n’en sommes pas encore là, parce que trop de femmes ont encore peur de plonger.

  • Martine TremblayMartine Tremblay

    Conseillère spéciale affaires publiques et analyses stratégiques chez HKDP Communications et affaires publiques, Mme Tremblay possède une vaste expérience de l’administration publique du Québec.
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