Dans l’imaginaire politique américain, les républicains sont ceux qui s’opposent – toujours – aux réformes de la santé, surtout lorsqu’il est question de réglementations ou de dépenses gouvernementales. Pas si sûr.
Premier républicain de l’ère post-New Deal, Dwight Eisenhower donne le ton. Opposé à un modèle public d’assurance santé pour la population générale, ‘Ike’ choisit la fiscalité pour alléger le coût des primes d’assurances payées au privé. Il innove dans le budget de 1954 : les primes d’assurances sont dorénavant déductibles pour les travailleurs et leurs employeurs. Quelques années plus tard, en 1959, il crée le programme d’assurance santé (public celui là) pour les employés fédéraux.
Le second républicain de cette période, Richard Nixon, offre un exemple encore plus intéressant. Le gros de sa réforme échoue – à la suite de l’opposition des démocrates et de Ted Kennedy (qui avouera le regretter par la suite). Nixon proposait une réforme à deux volets : 1) une obligation aux employeurs d’offrir une assurance à ses travailleurs et 2) une série de réglementations visant à discipliner l’industrie. Ironiquement, la proposition Nixon constitue la charpente de la proposition d’Obama.
Vient ensuite le grand pourfendeur de la gauche : Ronald Reagan. Or, dans le domaine de la réforme de la santé, Reagan a des airs de St-Paul et l’Ave. Pennsylvanie, celle d’un chemin de Damas. Avant d’être président, Reagan se plaisait à ridiculiser le Medicare et à plaider pour son abolition. Une fois à la Maison-Blanche, non seulement rejette-t-il la proposition de le remplacer par un programme de ‘vouchers’, mais il décide – malgré l’opposition unanime de son cabinet –d’augmenter sa couverture pour les traitements d’urgence.
Et finalement, qu’en est-il de George W. Bush ? Il sera responsable de la plus grande expansion du Medicare depuis sa création. D’un trait de plume, il bonifie le Medicare en y incluant une extraordinairement coûteuse assurance médicament. Même Lyndon Johnson, terrorisé par l’impact que cela aurait sur le budget, n’avait pas osé inclure une assurance médicament au Medicare. (*sans doute une réserve dont aurait dû s’inspirer le gouvernement québécois !)
À l’examen, la contribution des présidents républicains a de quoi faire réfléchir bien des républicains qui se disent héritiers du GOP, à commencer par les futurs prétendants à la Maison-Blanche. Les faits sont clairs : la tradition républicaine en est aussi une de grandes réformes, qui même si incomplètes, demeurent souvent coûteuses et courageuses. Les « non-faits » le sont aussi. Le grand absent de la liste ci-haut est George H.W. Bush, lequel a chèrement payé l’annulation de la mesure de Reagan et son incapacité à mettre de l’avant une réforme de la santé.






