CERIUM - Centre d'études et de recherches internationales
  9 mars 2010
Forum

Le Mexique s’affiche

En raison de sa langue et de sa culture, le Mexique est rarement perçu par les Québécois pour ce qu’il est : un pays d’Amérique du Nord. « On l’associe plus naturellement à l’Amérique latine, mais il ne faut pas oublier qu’il est un partenaire de l’Accord de libre-échange nord-américain », dit Laura Loeza Reyes, titulaire de la Chaire d’études du Mexique contemporain de l’Université de Montréal.

Ce n’est là qu’un exemple de la méconnaissance des gens d’ici quant à ce pays de quelque 108 millions d’habitants qui traverse actuellement une période névralgique de son histoire. « Il y a d’un côté un Mexique moderne, développé, à la fine pointe de la technologie. La qualité de vie y est comparable à celle des autres pays industrialisés. Mais il existe aussi un Mexique pauvre, où les conditions d’existence sont misérables. À mon avis, l’écart entre les deux se creuse », affirme la sociologue et politologue professeure à l’Université nationale autonome de Mexico (UNAM).

Dans ce pays dirigé par le président Felipe Calderón, chef du Parti d’action nationale, on escamote assez ouvertement plusieurs droits de la personne. Selon Mme Loeza Reyes, la violence connait une recrudescence sans précédent que les autorités politiques semblent incapables de freiner. Il y a de lourdes conséquences économiques et sociales à ce phénomène.

Si l’État est officiellement laïque, la droite catholique exerce une forte pression sur la démocratie mexicaine. Les minorités sexuelles et ethniques (le Mexique compte une soixantaine de groupes autochtones) ont beaucoup de mal à se faire entendre. « On assiste à un recul des droits de la personne. Les homosexuels, par exemple, sont très marginalisés », indique Mme Loeza Reyes, arrivée au Québec en 2009 pour un mandat d’un an à la Chaire. De plus, l’accès à l’avortement, réclamé par des associations féministes, est loin d’être acquis dans toutes les couches de la société mexicaine.

Pour contribuer à faire connaitre le Mexique en dehors des circuits touristiques, la titulaire de la Chaire a monté une exposition qu’on peut voir au rez-de-chaussée de la Bibliothèque des lettres et sciences humaines, au pavillon Samuel-Bronfman, du 12 mars au 20 avril. « L’exposition rassemble des photos et des textes tirés des recherches de spécialistes de différentes disciplines des sciences sociales », explique Mme Loeza Reyes.

L’objectif est de présenter à un public non initié l’importance présente et future des différentes identités sociales des Mexicains. On accorde aussi une place aux Mexicains exilés, comme les travailleurs agricoles saisonniers au Québec. « Les documents iconographiques et narratifs qui composent l’exposition constituent un échantillon de la diversité des identités des acteurs sociaux », mentionne Mme Loeza Reyes.

L’originalité de cette exposition est d’être présentée simultanément au Québec et au Mexique. On y trouve 31 photos accompagnées de textes de chercheurs. « Bien que l’ensemble de la mosaïque identitaire du pays soit incomplet, je crois qu’on aura une bonne idée de son importance sur le plan imaginaire. »

Laura Loeza Reyes

Mme Loeza Reyes se dit enchantée de son séjour au Québec. Depuis son adolescence, elle caressait le projet de s’installer dans un pays francophone. Après avoir appris des rudiments de français à l’Institut français d’Amérique latine de Mexico, elle s’est rendue à Paris et y a séjourné pour faire un doctorat à la Sorbonne, de 1998 à 2004.

Rattachée au Centre d’études et de recherches internationales de l’UdeM, la Chaire d’études du Mexique contemporain a été créée en janvier 2006 à la suite d’une entente conclue entre l’UNAM, le ministère des Affaires étrangères du Mexique et l’Université de Montréal. La Chaire est occupée par un chercheur de l’UNAM pour six mois ou un an, les champs d’intérêt variant chaque année. Se sont succédé à sa tête un économiste, Angel de la Vega, un juriste, Manuel Gonzalez Oropeza, un spécialiste du discours et de la délibération en démocratie, Fernando Castanos, et une anthropologue, Elena Lazos.

Un parlement nord-américain

« Nous organisons des conférences et menons différentes activités destinées à approfondir la connaissance du Mexique au Québec », signale la coordonnatrice de la Chaire, Christine Fréchette.

À son avis, les Nord-Américains méconnaissent leur lointain voisin du Sud. Le Canada et le Mexique brassent pourtant de grosses affaires ensemble, qui se chiffrent à plus de 20 milliards de dollars annuellement.

Il y a cinq ans, Mme Fréchette a lancé une initiative fort intéressante et de plus en plus populaire pour stimuler l’intérêt des étudiants à l’égard des relations internationales : une simulation de parlement nord-américain. Cette année, du 30 mai au 5 juin, une centaine de participants, dont huit étudiants de l’Université de Montréal, convergeront vers Querétaro pour la cinquième législature. « Les législateurs y débattront de thèmes politiques, économiques et environnementaux, tandis que les lobbyistes tenteront d’influencer leurs décisions et que l’équipe de journalistes du TrilatHerald analysera l’évolution des débats », peut-on lire sur le site Web.

Pour prendre part à cette simulation, il suffit d’être étudiant aux cycles supérieurs ou au premier cycle (excluant la première année), de comprendre et parler l’anglais ou l’espagnol et de démontrer un intérêt pour les questions liées à l’intégration nord-américaine.

Mathieu-Robert Sauvé

On peut voir l’exposition Les identités au Mexique au 3000, rue Jean-Brillant, du 12 mars au 20 avril. L’entrée est libre.

Source : Forum

  • Laura Loeza ReyesLaura Loeza Reyes

    Laura Loeza Reyes a été titulaire de la Chaire d’études du Mexique contemporain pour les périodes d’automne 2009 et d’hiver 2010. Elle est sociologue et politologue à l’UNAM. Ses travaux portent sur les relations entre la société et le gouvernement mexicain dans le contexte de l’alternance politique.
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