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Le ’Grand Old Party’ (GOP) mène bataille contre un Obama imaginaire

par John Parisella     3 février 2012 14h17

Durant toutes ces années, nous avions une règle en tant qu’acteur politique : connaître son adversaire. Connaître votre adversaire est essentiel afin de pouvoir adapter votre discours, exploiter ses faiblesses et anticiper ses changements de position. Les républicains semblent avoir décidé d’ignorer cette règle. Après avoir passé des mois à écouter les débats entre les candidats républicains rivalisant pour leur nomination, j’en ai conclu qu’ils faisaient campagne contre un Obama créé de toutes pièces, et non pas contre le vrai Obama.

La lente reprise économique a rendu la réélection d’Obama pour le moins incertaine. La vague d’espoir et de changement de la campagne 2008 est passée depuis longtemps. Bien que le bilan d’Obama soit hautement défendable, il reste, d’après les sondages, vulnérable dans les États clés. Et pourtant, il y a une impression grandissante que les chances d’Obama d’être réélu soient meilleures aujourd’hui qu’elles ne l’étaient l’été dernier, après le désastreux fiasco du débat sur le plafond de la dette.

Ceci est dû, en grande partie, à la rhétorique des républicains concernant Obama. Ils mènent un discours incendiaire et extrêmement personnel presque complètement déconnecté des faits. Obama est souvent représenté comme un socialiste radical qui essaie d’imposer aux États-Unis un État social à l’européenne. Mais alors qu’il est largement décrit comme un personnage menaçant, les républicains disent aussi qu’il est le dirigeant le plus faible depuis Jimmy Carter. Les prémisses sont manifestement contradictoires : pourquoi se soucier d’Obama s’il est incapable d’exercer son pouvoir ?

Les républicains disent aussi que sa politique économique a entraîné l’économie américaine au bord de la ruine et qu’il a battu des records en termes de déficit et de dette, engendrant ainsi une menace, qui, à l’image de la Grèce, met en danger la sécurité future de l’économie américaine. En même temps, d’après ce qu’on dit, Obama affaiblit la puissance militaire, tout en s’excusant pour la grandeur du pays. Depuis plusieurs années déjà, les conservateurs américains le décrivent comme un apôtre du célèbre organisateur communautaire Saul Alinsky, argumentant qu’il a des intentions cachées, soit celles de subvertir les vraies valeurs américaines. Et qui peut oublier la polémique autour de son certificat de naissance et l’apparent besoin de « reprendre notre pays » ? (Reprendre notre pays de qui, exactement ?)

C’est Sarah Palin qui a commencé à dresser un portrait déformé d’Obama avec ses affirmations non fondées durant la campagne de 2008. Depuis, cette polémique absurde autour de son lieu de naissance a connu une brève, mais véritable surenchère due à la tentative ridicule de Donald Trump de se lancer dans les élections présidentielles. Toutefois, la diabolisation systématique d’Obama a persisté grâce aux partisans du Tea Party et aux candidats toujours en compétition dans les primaires du GOP en Floride.

Pourtant, Obama n’est pas un radical, ni un socialiste, et il ne fait pas le tour du monde en s’excusant pour l’Amérique. Son programme de réforme des soins de santé a été copié du modèle de Mitt Romney du Massachusetts, offrant 50 millions de consommateurs de plus à l’industrie privée de la santé. Ceci n’est pas du socialisme. En ce qui concerne Saul Alinsky, il mourut quand Obama avait 11 ans et son livre « Manuel de l’animateur social » (“Rules for Radicals”) a été distribué aux premiers partisans du Tea Party par des groupes conservateurs tels que Freedom Works.

Lorsque Obama est entré en fonction, il hérita d’une croissance économique négative qui perdait 750 000 emplois par mois. Une fois qu’il avait pris ses fonctions, il passa son programme de création d’emplois et l’économie recommença à croître. Il a créé plus de 3 millions d’emplois dans le secteur privé en trois ans – plus que n’en furent créés durant les huit années de l’administration de George W. Bush. Une majorité des économistes, même des conservateurs, s’entendent à dire que les mesures de relance ont empêché une contraction de l’économie qui aurait pu être plus désastreuse que la Grande Crise.

Plus des deux tiers de l’augmentation de la dette nationale peuvent être attribués aux politiques de l’ère Bush, comprenant les guerres en Afghanistan et en Iraq, les réductions d’impôts pour les riches, et le programme de médicaments sur ordonnance initié sous Bush. Obama soutint le programme controversé TARP, mais la plus grande partie de l’argent donné au secteur financier a été récupérée. Le sauvetage de GM fut un succès et le GM remanié est de nouveau le numéro 1 sur le marché de l’automobile mondial.

En matière de sécurité nationale, Obama et Hillary Clinton ont enregistré quelques succès incontestables : les Américains sont sortis d’Iraq ; Al-Qaïda est sévèrement affaibli depuis l’élimination d’Oussama ben Laden et de beaucoup de ses agents haut placés ; des dictateurs comme Moubarak et Kadhafi ont été chassés du pouvoir ; et la guerre en Afghanistan tire à sa fin. Sous Obama, le budget de la défense a augmenté annuellement.

Là où je veux en venir, c’est que l’Obama contre lequel les républicains font campagne est une fabrication de toutes pièces. Le GOP a grandi déconnecté de la réalité. Romney et Gingrich – peut-être même Santorum – pourraient faire mieux s’ils offraient une vision pour s’opposer au vrai Obama plutôt qu’à celui qu’ils ont créé.

(Texte traduit par Anna Dederichs)


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