Huitième séance du
Séminaire transdisciplinaire annuel de la
Chaire de recherche du Canada
en droit international des migrations, sur
« La complexe dynamique des migrations internationales »
Le propos de Luc Legoux s’est articulé autour de deux axes : l’établissement d’un objectif démographique d’une part, et les relations ambiguës et instrumentalisées de la démographie et du politique, d’autre part. Suivant ces deux problématiques, l’exemple français éclaire la pratique canadienne.
L’hypothèse de départ réside sur la volonté, supposée, du gouvernement canadien de rejoindre démographiquement les Etats européens du G8, soit passer de 32 millions d’habitants à 60 millions à l’objectif 2050.
En tenant compte des différentes variables, les projections démographiques permettent de relativiser les objectifs démographiques gouvernementaux. Le facteur immigration ainsi que le taux de fécondité sont les deux variables principales qui doivent toutes deux être mises en œuvre afin d’atteindre l’objectif migratoire. Les difficultés à rendre effectives les différentes politiques démographiques, notamment en matière de natalité, rendent l’objectif des 60 millions de canadiens en 2050 irréaliste. De plus, une projection à l’horizon 2300 montre que l’objectif atteint en 2050 conduirait le Canada à une population d’ 1,5 milliard d’habitants. En agissant sur un seul des leviers, l’objectif migratoire obligerait soit à un solde migratoire positif de 600 000 immigrants par an jusqu’en 2050, soit à un taux de fécondité approchant les 3 points (le taux actuel étant de 1,5 et le taux de renouvellement naturel de 2.1).
Les différentes hypothèses envisagées par Luc Legoux posent la question du lien entre objectif démographique et politique.
Au Canada, en effet, et surtout en France, la démographie est envisagée essentiellement sous le prisme du financement des fonds sociaux. Le vieillissement de la population au Canada ainsi que le taux de chômage endémique en France permettent aux politiques français et canadiens d’établir des objectifs migratoires différents mais visant chacun à remplir des objectifs économiques et financiers. Or, selon Luc Legoux, les difficultés rencontrées par les déficits des fonds sociaux sont essentiellement engendrées par les modes de financement de ces fonds et non pas par un déséquilibre de la pyramide des âges et du rapport actifs/inactifs. Ainsi, les politiques de restriction et de sélection des immigrants, proposées notamment en France par Nicolas Sarkozy, représentent davantage une instrumentalisation du fait migratoire qu’une réponse démographique. En dernière analyse, Luc Legoux établit que le fort taux de chômage est devenu une nécessité pour les gouvernants afin d’obtenir, dans un système démographique vieillissant, une certaine stabilité des salaires qui, sans chômage et sous la pression démographique, devraient naturellement augmenter.
Luc legoux est est maître de conférences à l’Institut de Démographie de L’Université Paris 1. Ses recherches portent sur la politique d’asile et sur la politique migratoire. Il est membre du Comité de rédaction de la Revue Européenne des Migrations Internationales, membre associé de Migrinter et responsable, avec Véronique Lassailly-Jacob, du sous-thème « Migrations sous contraintes et asile » du CEPED, il a enfin publié une trentaine d’articles sur l’asile depuis 1992.


