Douzième séance du Séminaire transdisciplinaire annuel de la Chaire de recherche du Canada en droit international des migrations, sur « La complexe dynamique des migrations internationales »
"Ce sujet est devenu depuis près de trois décennies l’un des leitmotiv récurrents des question de politique et de société en France, traité avec d’autant plus de passion que les termes et catégories d’analyse sont imprécis et se prêtent à une forte politisation du débat. Intégration et musulmans recouvrent des définitions et des réalités variées. Le mot d’intégration d’abord, utilisé d’abord dans l’Algérie coloniale, il a été redécouvert en 1974, pour constituer le nouvel objectif de la politique migratoire, préoccupée essentiellement auparavant de l’entrée des travailleurs étrangers. Le vocable succédait à plusieurs décennies d’assimilation - une conception française consistant à incorporer individuellement les nouveaux entrants en leur faisant abandonner dans la vie publique leurs valeurs et pratiques culturelles - et à une brève période où le terme d’insertion correspondait à une approche fonctionnelle de l’immigration offrant un apprentissage minimum des modes de vie dans le milieu d’accueil avant de repartir au pays d’origine. Mais les critères de l’intégration qui permettaient de la mesurer peinent à s’imposer et font l’objet d’affrontements plus politiques que sociologiques, car qui est intégré par rapport à qui ? Aujourd’hui, on emploie plutôt le terme de « vivre ensemble », moins idéologique et plus représentatif des objectifs poursuivis : une meilleure cohésion sociale entre les populations en présence. Le qualificatif de musulman est complexe : se réfère-t-on à la foi et à la pratique religieuse de l’Islam, à la culture musulmane, elle-même uniforme, à l’islam « sociologique », c’est-à-dire aux comportements des populations de culture musulmane et de leurs enfants dans la vie quotidienne supposés appartenir à cette religion, ici en situation d’immigration ? Plus fondamentalement, quelle est la genèse de ces questions ? ...".
Catherine de Wenden est Directrice de recherche au CNRS (CERI) et Docteur en science politique (Institut d’Études Politiques de Paris), Catherine Wihtol de Wenden est à la fois politiste et juriste. Elle travaille depuis vingt ans sur différents thèmes liés aux migrations internationales. Elle a également mené de nombreuses études de terrain et dirigé différentes recherches comparatives, principalement européennes. Elle a été consultante pour l’OCDE, le Conseil de l’Europe, la Commission Européenne et "external expert" pour l’UNHCR.


