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Le premier ministre Paul Martin a réussi son test en politique étrangère. Il a publié hier un énoncé fort attendu sur les relations internationales du Canada. Le texte soulèvera certainement bien des commentaires et risque surtout d’irriter les nationalistes canadiens. Quoi qu’il en soit, en accouchant d’une politique étrangère réaliste, Paul Martin ramène le Canada à sa véritable place dans le monde et reconnaît les limites de son influence.
Énoncer clairement les choses Depuis la grande époque de Lester B. Pearson, dans les années cinquante et soixante, le Canada a toujours voulu offrir beaucoup au monde. Beaucoup trop, sans doute, pour ses modestes moyens. Au fur et à mesure que le poids du Canada déclinait sur la scène internationale, ses objectifs en matière de politique étrangère, de défense et d’aide au développement devenaient prétentieux, vains et finalement risibles. Ainsi, jamais les grandes promesses sur les capacités d’intervention militaire à l’étranger contenues dans le Livre blanc sur la défense de 1994 ne purent tenir la route ne fusse que quelques semaines après la publication du document.
Un an plus tard, le gouvernement libéral rendait public son énoncé sur la politique étrangère. Le ton était carrément moralisateur et volontariste. Le Canada serait de tous les combats, défendant la veuve et l’orphelin, rappelant aux Grands leurs responsabilités, fixant des objectifs et des quotas à atteindre. On avait même droit au couplet célèbre, mais combien éculé, du Canada " puissance non coloniale, champion du multilatéralisme constructif et médiateur efficace ".
Le nouvel énoncé de politique étrangère a une toute autre facture, tant sur la forme que sur le fond. Il nous épargne les envolées larmoyantes sur notre caractère indispensable pour s’arrêter à ce que le Canada peut réellement accomplir sur la scène internationale. Il a le mérite d’énoncer clairement les choses et d’établir une adéquation entre la rhétorique et les moyens. Le gouvernement canadien ne promet rien qu’il ne peut livrer avec un minimum d’assurance. Certains seront sans doute déçus par le caractère modeste de ces ambitions, mais il est préférable de jouer pianissimo que de sombrer une nouvelle fois dans le ridicule.
Sécurité et multilatéralisme
À l’évidence, le premier ministre tenait à ce que le nouvel énoncé soit, de la part de son gouvernement, une oeuvre collective et substantielle. Elle l’est. Paul Martin et quatre de ses ministres- Affaires étrangères, Coopération, Défense et Commerce international- signent le document. Si chacun a voulu laisser sa marque, tous vont dans la même direction et dans cet ordre : sécurité et multilatéralisme. Cette hiérarchie des priorités éclaire les véritables intérêts du Canada. Le 11 septembre a changé la donne internationale, et cela est d’autant plus vrai pour le Canada que son voisin, les États-Unis, a fait de la sécurité, à tort je crois, l’alpha et l’omega de sa politique étrangère. Le Canada n’a donc pas le choix de suivre le courant, mais il le fait à sa manière. Pour Ottawa, la sécurité n’est pas seulement affaire de lutte au terrorisme. Il s’agit aussi d’édifier un monde où la protection des individus, la non-prolifération des armes de destruction massive, le respect des droits, les outils offerts aux pays en développement, et la responsabilisation des humains de toute la planète devant les menaces environnementales sont au coeur de notre vouloir vivre ensemble et de notre épanouissement. Voilà la partie idéaliste et wilsonienne de cet énoncé, et nous aurions tort de croire qu’il s’agit encore ici d’un effet de rhétorique.
Le premier ministre y met les moyens. Sa première priorité porte, avec justesse, sur les relations avec les États-Unis. Tant du point de vue sécuritaire, que militaire et commercial, cette relation sera renforcée et approfondie grâce à l’augmentation du budget de la défense, au renforcement de la coopération pour assurer la sécurité des frontières et du continent, et à la simplification des procédures pour assurer une plus grande fluidité des échanges humains et commerciaux. Les nationalistes canadiens seront sans doute irrités. À tort. Le Canada a tout à gagner à retisser les liens avec nos voisins du sud.
Aussi importante soit-elle, la relation avec les États-Unis ne peut à elle seule assurer l’influence du Canada dans le monde. Paul Martin l’a bien compris, et sa deuxième priorité est d’être à l’écoute du monde. Il a aussi saisi que ce n’est pas en lançant mille initiatives que le Canada comptera vraiment sur la scène internationale.
Certes, l’aide au développement sera augmentée, mais elle sera dorénavant consacrée à 25 pays. Ce n’est pas le plus important. La grande ambition du premier ministre est de refonder le multilatéralisme sur des bases nouvelles. Les organisations internationales actuelles doivent retrouver un nouveau souffle et se montrer sensibles, tant à la sécurité qu’à la prospérité des peuples, comme des États. Le Canada a toujours été bien servi par le multilatéralisme et compte encore sur le système des organisations internationales pour rendre plus humaines et plus justes les relations internationales. D’où, entre autres, la proposition du premier ministre de créer un regroupement de 20 pays en développement ou développés dont la mission serait de discuter des questions les plus urgentes, une tâche que se sont approprié les membres du G8, un forum puissant, certes, mais combien exclusif et confiné aux puissances occidentales.
Le premier ministre vient de se donner une bonne carte routière pour permettre au Canada de faire sa juste part dans le monde. Il lui faudra maintenant prendre les commandes et l’obligera, parfois, à affronter ses amis dont certains, les États-Unis en tête, lui mettront des bâtons dans les roues.
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Depuis la grande époque de Lester B. Pearson, dans les années cinquante et soixante, le Canada a toujours voulu offrir beaucoup au monde. Beaucoup trop, sans doute, pour ses modestes moyens, analyse l’auteur.

Jocelyn 