Alors que la campagne à l’investiture présidentielle semble être terminée, que Mitt Romney a été officieusement sacré vainqueur de la course suite au retrait de Rick Santorum, il est maintenant facile d’identifier Ron Paul comme étant un entêté qui devrait cesser sa tentative de devenir le nominé républicain. Après tout, le candidat ne semble posséder aucune chance de remporter la campagne puisqu’il est loin du nombre magique de 1144 délégués nécessaires pour obtenir la nomination. Ainsi, les descriptions populaires de cette campagne varient énormément d’un commentateur à un autre, mais peu d’entre eux prennent la peine d’identifier les conséquences de cette dernière. Au mieux, quelques rares se permettent d’analyser cette campagne en comparant la performance passée et actuelle du représentant au Congrès de 76 ans. Au pire, elle donne l’impression d’être une gêne pour le parti républicain, qui devrait s’unifier autour d’un seul candidat. À l’aube de la probable confrontation Obama-Romney, est-il juste de reléguer aux oubliettes la campagne de Paul ? Le faire serait de se priver d’une meilleure compréhension du processus de nomination en soi et de manière générale, de la philosophie politique derrière l’enthousiasme des partisans.
Tout d’abord, il faut dire que la campagne du représentant texan sait attirer les foules. Malgré les résultats des précédents caucus et primaires, les rassemblements politiques comptent à chaque fois des milliers d’individus, selon la campagne officielle. Il peut sembler étonnant qu’à cette étape-ci, des auditoriums entiers soient remplis par des partisans du représentant, prêt à écouter des discours qui durent parfois entre 30 et 45 minutes. N’imaginez pas que ces endroits sont composés uniquement de conservateurs aussi vieux que le représentant texan. Plusieurs de ces rassemblements s’effectuent au sein des campus et donc, composés d’individus ayant le droit de vote depuis peu. En fait, on a qu’à consulter les résultats de sorties des urnes des premières primaires pour s’apercevoir qu’une part non négligeable des votes pour Ron Paul provenait d’électeurs qui votaient pour la première fois. Au New Hampshire, c’est près de 40% de ces individus qui ont voté pour le candidat républicain.
Bien que limité, ce groupe enthousiaste d’individus peut avoir un impact réel sur le processus de nomination, surtout à l’intérieur des États avec caucus. Alors que le compte des votes en une soirée est simple et facilite l’identification d’un gagnant et d’un perdant (les primaires), le processus de nomination d’un candidat dépend aussi d’une sélection de délégués du parti qui voteront pour leur individu préféré, lors de la convention du parti. Habituellement, les observateurs calculent grosso modo qu’un État comme le Minnesota, qui possède 40 délégués, aura un certain nombre d’entre eux qui appuiera un candidat proportionnellement au vote populaire. Le 7 février dernier, Rick Santorum obtenait 25 délégués alors que Ron Paul comptait sur 9 d’entre eux. Cependant, avec les caucus au niveau des districts et au niveau national qui ont perduré après le 7 février, des délégués changent d’allégeance puisque des candidats ont abandonné la course. En effet, les délégués qui par exemple appuyaient Rick Santorum deviennent libres de choisir un autre candidat. Bref, ils ne sont pas tenus de voter selon le vote populaire. Ainsi, en tenant compte de ce facteur, Ron Paul possède maintenant plus de délégués qui l’appuieront lors de la convention de septembre. Ce scénario se répète maintenant au Maine et au Nevada.
L’étonnant enthousiasme des partisans de Paul, appuyé par des résultats dans certains États peut rendre certains perplexes. Dans un climat politique où les Américains désapprouvent en forte majorité le travail du Congrès, il est presque étonnant d’entendre un partisan de Paul affirmer que ses discours agissent sur lui comme si un médecin avait prescrit un médicament contre l’apathie politique. Même au Canada, plusieurs personnes que je connais à peine mentionnent le nom de Ron Paul dès que l’on parle de la campagne présidentielle. Comment un représentant de 76 ans, qui provient d’un petit district du Texas peut-il créer l’appui politique qu’il a au niveau national ? Une partie de la réponse peut se trouver dans la constance qu’émane le personnage, tant dans sa vie publique que privée. En effet, un récent reportage sur le représentant indique qu’il défend le libertarianisme au niveau politique depuis 1974, deux ans avant son élection au Congrès. Sa crainte d’observer une perte accélérée de la valeur du dollar américain après l’abolition officielle du lien avec l’or par Nixon en 1971 est toujours aussi présente dans l’esprit de Paul. Encore aujourd’hui, ses critiques les plus acerbes sont dirigées non pas sur Mitt Romney, mais bien sur la Réserve fédérale, critiques qu’il maintient contre vent et marée, comme il a été récemment observé lors d’un discours prononcé au sein de l’institution monétaire. Même son portfolio financier reflète sa méfiance envers le système économique actuel, puisqu’une majorité de ses actifs sont composés d’actions de compagnies minières exploitant l’or et l’argent.
Comment expliquer la source de cette constance ? De prime abord, il peut sembler facile de répondre à cette question. Après tout, l’objectif par la campagne présidentielle de Ron Paul est un secret de polichinelle : c’est un moyen pour lui de promulguer le libertarianisme au niveau national. Cependant, en quoi cette philosophie politique peut-elle susciter autant l’enthousiasme ? Une piste de solution a été avancée par certains ; le discours de Paul est axé sur un principe d’autonomie individuelle qui semble attirer les jeunes « Just leave me alone, don’t tell me what to do, I will fix it myself ». Dans ce cas-ci, il ne s’agit pas d’une volonté d’être en totale autarcie des autres, mais bien d’être libre d’effectuer ses propres décisions. Et ceci est au cœur de la pensée de Paul. Dans son dernier livre Liberty Defined, une société libre est basée sur 10 principes, dont celui d’être laissé tranquille lorsqu’une action est effectuée de manière volontaire et pacifique. Dans un contexte où, selon certains, les Américains sont anxieux à propos de l’économie et sceptique de l’intervention gouvernementale autant au niveau domestique que national, le discours de Ron Paul répond à des problématiques qui sont occultées dans le discours politique par des publicités ad hominem, la discorde et la partisanerie dogmatique. Combiné avec cette constance décrite plus haut, il est maintenant possible de se faire une meilleure idée des origines de cette étonnante campagne.





