Les idées formulées au siècle des Lumières constituent encore aujourd’hui le socle intellectuel du monde moderne : liberté, autonomie, rationalité du monde, capacité illimitée de l’esprit, etc. Ce XVIIIe siècle fut aussi celui de la découverte de la Chine par l’Europe. Y a-t-il un lien de causalité entre les deux phénomènes ou s’agit-il d’une simple coïncidence ?
On a longtemps expliqué l’avènement des Lumières comme un développement proprement européen. La recherche contemporaine a toutefois ouvert de nouvelles pistes, interrogeant les sources de plusieurs maîtres (allemands, anglais, italiens), dont ceux qu’on appelait, dans toute l’Europe, les « philosophes ». Parallèlement, les connaissances sur la Chine parvenaient au continent européen par l’entremise des savants jésuites, surtout français, envoyés par Louis XIV ; ils présentaient alors une image parfois idyllique, voire utopique, de ce pays lointain et invérifiable. En comparant certains textes des « philosophes » des Lumières et ceux des missionnaires jésuites, on peut tenter de répondre à cette question : la Chine a-t-elle influencé le siècle des Lumières ou est-ce celui-ci qui a créé une image bien particulière de la Chine comme justification de ses propres idées philosophiques ?

