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L’arrogance de l’Occident a bel et bien existé et existe toujours. L’âge d’or, si l’on peut dire, de l’arrogance occidentale va de l’époque des grandes conquêtes à celle de l’expansion coloniale. Au nom d’une mission "civilisatrice", l’Occident a décimé des populations, éradiqué des cultures et exploité à son profit toutes les ressources. Cette époque est révolue, mais l’arrogance de l’Occident a continué à se manifester sous d’autres formes. Sa prospérité économique, ses avancées scientifiques et même l’oeuvre de ses philosophes ou de ses musiciens ont souvent été présentées comme autant de preuves de sa supériorité.
Aujourd’hui, l’arrogance de l’Occident s’exprime encore dans son discours sur les valeurs universelles. On la retrouve aussi dans sa vision de l’avenir des sociétés qui seraient toutes appelées à connaître une évolution semblable à celle des pays occidentaux et donc à passer, elles aussi, du Moyen-Âge à l’époque des Lumières !
En vérité, l’arrogance de l’Occident n’est tout de même plus ce qu’elle était. Elle ne parvient plus, en tout cas, à masquer les doutes qui l’habitent. Il est contraint de reconnaître qu’au chapitre des guerres de religion, des conflits sanglants et des génocides, il traîne lui-même un lourd passé. Il doit aussi se rendre à l’évidence que ses interventions plus récentes dans les affaires du monde sont loin d’avoir été toujours bénéfiques ou même en accord avec les beaux et grands principes dont il se réclame.
Entre un pouvoir économique qui lui échappe et une supériorité militaire qui ne suffit plus à lui assurer une position dominante, l’Occident ne peut que constater l’érosion de son influence. Pire, il découvre la profondeur du ressentiment qu’il génère. Sur tous les continents, son "modèle" est ouvertement, et souvent violemment, contesté. On le soupçonne, on l’accuse même, de vouloir utiliser la promotion de la liberté et de la démocratie pour venir saper les fondements des sociétés et des nations en s’attaquant à leurs religions ou à leurs traditions.
Crise de courte durée
Face à cette nouvelle réalité, certains se réfugient dans le déni. Ils croient que la crise sera de courte durée : le fanatisme religieux n’aura qu’un temps, des pays comme la Chine seront rattrapés par leurs problèmes sociaux ou environnementaux, les États-Unis sauront rebondir et la résilience de l’Occident en surprendra plus d’un. Il y a aussi ceux qui se préparent à une guerre des civilisations et qui sont convaincus de l’importance de ne pas affronter l’ennemi en position de faiblesse. Il faut donc résister aux tentatives de culpabilisation de l’Occident et s’abstenir surtout de toute démarche de repentance. Il y a enfin ceux qui voudraient simplement que l’Occident se replie sur ses terres et cesse de vouloir influencer le cours des affaires du monde.
Tous ces discours sont aussi excessifs que dangereux. La fin de l’hégémonie occidentale, à terme, est inéluctable. Aucune civilisation n’a su ou n’a pu maintenir indéfiniment sa domination. Quant à la guerre des civilisations, il faut surtout s’employer à la désamorcer si on ne veut pas faire le jeu des extrémistes de tous bords et un peu de repentance, ma foi, permettrait peut-être à l’Occident de regagner un peu de cette crédibilité et de cette légitimité qui lui font défaut. Enfin, l’Occident ne peut pas s’extraire du monde. Il doit occuper la place qui est la sienne et assumer le rôle qui est le sien.
Depuis un demi-siècle, les pays occidentaux essaient de faire de l’aide au développement. Ils y ont investi des efforts et des sommes considérables pour des résultats souvent décevants, surtout en Afrique. Ils ont cru devoir privilégier la construction d’infrastructures, puis plutôt l’éducation et la santé avant d’en venir à la bonne gouvernance. En réalité, on cherche encore et toujours la bonne formule. Il en va de même pour la résolution des conflits et pour les projets de reconstruction. On sent bien que, dans toutes ces situations, il est nécessaire d’utiliser un savant mélange de diplomatie, de développement et de moyens militaires, mais on sait moins bien trouver, dans chaque cas, le bon dosage.
Quoi qu’ils fassent, les Occidentaux resteront vulnérables à la critique. On leur reprochera toujours d’en faire trop ou de ne pas en faire assez. On leur prêtera, parfois avec raison, des arrière-pensées politiques ou économiques. On montrera du doigt les travers et les injustices de leurs propres sociétés. Doivent-ils attendre d’être irréprochables pour s’impliquer ? Doivent-ils être assurés de réussir avant d’entreprendre ? Ils ne seront sans doute pas toujours à la hauteur de ce qu’ils préconisent, mais ils auront parfois le mérite d’essayer, comme ils le font actuellement en Haïti ou en Afghanistan.
Il faut seulement espérer que l’Occident ait la sagesse de ne pas faire de la promotion de ses valeurs son fer de lance. Il doit plutôt chercher à comprendre que, pour ceux qui n’en ont pas, l’accès à l’eau potable est plus important que l’exercice du droit de vote, que la sécurité, quand on est menacé, est plus importante que la liberté et que l’injustice, lorsqu’elle est vécue au quotidien, rend sourd aux propos sur la démocratie.

Marie 