CERIUM - Centre d'études et de recherches internationales
  22 juin 2010
La Presse

L’agonie du G8

Le G8 est dépassé. Le G20, est prêt à assurer la relève de la gouvernance mondiale. Nous en aurons la preuve au cours des prochains jours. Je n’ai pas de souvenir qu’une organisation internationale se soit sabordée. Le déclin du G8 sera long, mais il est inexorable.

Harper à raison, Les interrogations, les doutes et les remises en question concernant l’utilité des sommets du G8 sont revenus périodiquement depuis sa création en 1975. Initialement il s’agissait de rencontres informelles entres les chefs d’État et de gouvernements pour échanger en priorité sur les questions économiques (finance, commerce). Très vite sont apparues à l’agenda les problèmes politiques du moment, particulièrement ceux concernant la sécurité internationale (conflits régionaux, terrorisme, prolifération nucléaire). Le G8 s’est ensuite engagé dans la coordination des politiques nationales en matière d’aide aux développement, en appui au projet du Millénaire des Nations Unies, et plus récemment pour soutenir les initiatives concernant le changement climatique.

Au fil des Sommets, l’agenda s’est alourdit au détriment des réalisations. La bureaucratie n’accompagne qu’avec difficulté les initiatives annoncées. Il est devenu impossible d’assurer le suivi si bien que les engagements ne sont pas respectés. Le Premier Ministre Harper a raison de déplorer la perte de crédibilité de l’organisation, c’est pourquoi il veut mettre l’accent sur le suivi de la mise en œuvre et les réalisations. C’est trop peu, trop tard.

L’agenda est vide Le dialogue permanent entre les grandes puissances est essentiel. C’est la condition au maintien de la paix. Cela n’a pas de prix (un milliard de dollars c’est quand même cher). Mais les déficiences du G8 ont eu raison des attentes. Les communiqués successifs aussi vertueux qu’insipides ont miné la sincérité attribuée aux participants. Il y aussi les fastes des Sommets, comme celui tenu à Versailles en 1989 par Mitterrand Premier, maintes fois dénoncés. Enfin, la contestation altermondialiste souvent provocatrice, a forcé les rencontres à se déplacer vers des lieux inaccessibles, protégés par d’imposants dispositifs de sécurité. L’image de dirigeants démocratiquement élus, assiégés par le peuple et protégés par la force militaire est désastreuse.

Mais l’essentiel c’est que le G8 a perdu l’initiative sur l’ensemble des grands dossiers de la gouvernance mondiale. La coordination des politiques financières et la régulation du système bancaire sont au cœur du mandat du G20. C’est la rencontre du dynamisme des appareils productifs des pays émergents associée aux mesures de stimulation de la demande des pays développés qui ont soutenu l’activité économique et autorisé la relance. Pour 2010 la croissance prévue des pays du BRIC est de 7%, elle est de 3% en Amérique et de 1% dans la zone Euro. La crise de l’Euro annonce encore de longs mois d’incertitude. Le constat s’impose ; les économies des pays riches sont responsables de l’instabilité. On ne fait pas un chien berger d’un loup.

La tradition qui veut que le G8 réitère son soutien au libre échange, est désormais vide de sens. La ronde de Doha a échoué, les négociations sont suspendues sine die. Il n’y aura pas de reprise des discussions sans un signal clair que les positions ont évolué et qu’un accord est possible. Le conflit n’oppose plus uniquement l’Europe aux Etats-Unis, il inclus la Chine, l’Inde et le Brésil. Ceux-ci ont créé, avec plusieurs pays d’Afrique, une coalition suffisamment importante pour s’imposer comme acteur essentiel du processus de négociation. La décision appartient au G20. La sécurité internationale n’est plus le monopole du G8. La participation de la Chine est indispensable pour régler les problèmes causés par les provocations de la Corée du Nord. C’est au Conseil de Sécurité des Nations Unies et non au G8 qu’appartient l’obligation de veiller au respect des traités sur la prolifération nucléaire et de tenter de résoudre la tension internationale provoquée par l’Iran (le dernier vote date du 9 juin). Orphelin depuis Copenhague, le changement climatique pourrait prochainement figurer à l’agenda du G20. Reste l’aide internationale, au moins pour le temps que les pays du G8 auront la capacité de payer. L’avenir appartient au G20.

Source : La Presse

  • Philippe FaucherPhilippe Faucher

    Philippe Faucher est chercheur associé du CÉRIUM et membre du Réseau économie internationale (REI). Il est également l’ancien directeur du département de science politique de l’Université de Montréal (2005-2009).
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