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L’Afghanistan, une question controversée

par Étienne Tremblay-Champagne     20 octobre 2009 02h29

L’administration et la classe politique américaine débattent depuis des semaines de la stratégie à adopter face à l’Afghanistan, un enjeu qui soulève les passions tant dans les ministères qu’au Congrès. De manière plus large, le président Barack Obama est appelé à définir une nouvelle stratégie alors que son administration se retrouve divisée entre deux visions différentes des objectifs de la communauté internationale en Afghanistan et de la manière de faire face à une situation insurrectionnelle qui se dégrade. Une tendance se dégage déjà : ce nouveau plan mettra l’accent sur une approche politique axée sur le renforcement des capacités afghanes, notamment au niveau civil, militaire, policier et judiciaire. Toutefois, le point le plus sensible de cet examen stratégique reste sans contredit la décision d’envoyer ou non de renforts après en avoir déjà promis un nombre substantiel en mars dernier. Pour compliquer les choses, le Washington Post annonçait le 13 octobre que les troupes américaines déployées en Afghanistan dépassaient de 13 000 les 21 000 militaires supplémentaires annoncés officiellement en mars 2009.

Certains responsables américains estiment que la nouvelle approche ne réussira pas à être mise en œuvre sans l’envoi de soldats additionnels afin de faire face à la présence talibane qui se fait maintenant sentir dans des zones auparavant calmes. Dans un rapport qui a fait l’objet d’une fuite dans le Washington Post, le général Stanley McCrystal, le commandant des forces internationales en Afghanistan, estimait notamment que cette mission « serait surement un échec » sans l’envoi de jusqu’à 40 000 soldats supplémentaires. Le militaire dont la candidature avait été appuyée par l’administration Obama critique fortement la corruption prévalant au sein de l’administration afghane et estime que les troupes internationales mettaient de l’avant leur propre sécurité au détriment de celle de la population. Selon lui, l’envoi de soldats supplémentaires renforcerait le lien de confiance entre la mission internationale et la population afghane. Ceci aurait également le bénéfice d’envoyer un signal clair aux autres pays de l’OTAN face à l’engagement américain dans la région.

D’autres membres de l’administration américaine estiment plutôt que le lien de confiance entre la population et les troupes internationales se romprait après l’arrivée de renforts massifs puisque celles-ci seraient vues comme une force d’occupation. De plus, il serait dangereux de s’impliquer d’avantage dans un conflit dont l’issue parait incertaine. En outre, un plus grand engagement des États-Unis et ses alliés mènerait à une dépendance accrue envers le gouvernement afghan, mais aussi envers le Pakistan, où transite la majorité de l’approvisionnement des forces internationales. Sans remettre en cause l’importance de l’engagement américain dans la région, ils estiment toutefois que les objectifs à atteindre doivent être mieux définis et être plus restreints. Le vice-président américain Joe Biden propose pour sa part que les États-Unis se concentrent sur le renforcement des capacité des forces de sécurité afghanes et mènent leurs actions militaires essentiellement contre Al-Qaïda en utilisant les forces spéciales et les frappes de missile. L’armée jouerait alors un rôle beaucoup moins actif en déléguant plus de responsabilités aux forces locales. Signe de l’importance des enjeux et des tensions sous-jacentes, certains ont accusé l’establishment militaire de manquer à son devoir de réserve en utilisant les médias pour forcer la main au président Obama face à cet enjeu controversé.

Ces différences de point de vue surviennent alors que l’issue et la légitimité des résultats finaux des élections afghanes du 20 août restent incertains. Dans son rapport déposé lundi, la Commission des plaintes électorales, qui inclue des membres afghans et internationaux, ordonne l’invalidation des résultats de 210 bureaux de votre après avoir trouvé « des preuves claires et convaincantes de fraudes ». Le lendemain, on annonce qu’un deuxième tour aura lieu le 7 novembre. Comme dans le cas des dilemmes au sein de l’administration américaine, les irrégularités du scrutin ont été grandement diffusées par les médias et les débats entourant les actions à suivre se sont faits sur la place publique. Tandis que l’ensemble des candidats afghans s’accusaient d’instrumenter les résultats électoraux, les responsables onusiens réglaient leurs comptes devant la presse internationale. Le numéro deux de l’ONU en Afghanistan, l’Américain Peter Galbraith, se voit même démis de ses fonctions après avoir accusé son supérieur Kai Eide d’avoir fermé les yeux sur des fraudes massives. La communauté internationale fait donc face à une attention médiatique accrue tandis qu’elle tente de gérer les dilemmes inhérents à ce type d’exercice dans les régions où l’état de droit, l’indépendance des institutions et le pouvoir de la société civile restent faibles. Or, l’élaboration d’une stratégie de cette ampleur peut difficilement se faire sans la désignation d’interlocuteurs du côté afghan, que ce soit le président sortant ou son rival Abdullah Abdullah. Le chef de cabinet de la Maison Blanche, Rahm Emanuel, faisait notamment remarquer dimanche à CNN qu’il serait « irresponsable (...) de prendre une décision sur le nombre de soldats sans avoir effectué une analyse poussée pour savoir s’il y a vraiment un partenaire afghan prêt à remplir l’espace que les troupes américaines créeraient ».

Le président Obama a déjà fait savoir qu’il chercherait une position commune entre ces deux visions mais a averti que toute décision sur la nouvelle stratégie américaine susciterait son lot de critiques. Peu après l’obtention du prix Nobel de la paix, Barack Obama se retrouve donc à devoir faire des choix difficiles face à une situation qui pourrait marquer sa présidence.


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