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Il y a quelque chose qui cloche pour Mitt Romney

par Pierre Martin     8 février 2012 13h04

Ça va mal pour Mitt Romney. Les primaires qui se sont déroulées hier au Minnesota, au Colorado et au Missouri ont quelque chose d’un peu étrange pour qui n’est pas familier avec le processus byzantin par lequel les Américains choisissent leurs candidats à la présidence. Le Minnesota et le Colorado tenaient des caucus non contraignants et les délégués au congrès du parti seront désignés officiellement plus tard, dans des assemblées partisanes qui seront guidées, mais pas formellement liées, par les résultats d’hier. Quoi qu’il en soit, la défaite que les électeurs Républicains ont assénée à Romney est cinglante : Rick Santorum, le candidats aux coffres les moins bien garnis, a remporté les trois concours haut-la-main. Résumons les résultats (à 11h, le 8 février) :

État Romney Gingrich Paul Santorum
Missouri (Primaire) 25 % Absent 12 % 55 %
Minnesota (caucus) 17 % 11 % 27 % 45 %
Colorado (caucus) 35 % 13 % 12 % 40 %

Pour ajouter l’injure à l’insulte, celui qui se présente encore comme l’inévitable alternative à Barack Obama n’a remporté aucun des 114 comtés du Missouri. La campagne de Floride semblait annoncer que le rouleau compresseur de la campagne de Romney ne pourrait pas être arrêté, mais les résultats d’hier nous forcent à revenir sur les très sérieux handicaps qui risquent fort de plomber la campagne de ce multimillionnaire qui poursuit le rêve d’ajouter la Maison Blanche à sa liste de résidences depuis au moins une quinzaine d’années.

1. Mitt Romney est le candidat favori de l’establishment du Parti républicain, mais cet appui est d’une tiédeur sans précédent à ce stade-ci de la campagne. C’est ce que soulignait le blogueur Nate Silver dans un billet récent qui mettait en évidence le manque d’enthousiasme de l’élite du parti pour ses leaders potentiels.

Comparé au ralliement dont avait bénéficié George W. Bush parmi les bonzes de son parti en 2000, le contraste est saisissant, d’autant plus que l’ex-gouverneur du Massachusetts est bien connu de tous après sa campagne de 2008. Si de nouveaux appuis des élites du parti ne viennent pas très vite, Romney sera dans le pétrin, même si de tels appuis ne changent pas beaucoup les idées des électeurs (voir ce sondage de Pew Research). Et si le mieux qu’il peut faire est de recevoir des baisers d’araignée comme celui que lui a accordé Donald Trump avant les caucus du Nevada, ça n’ira pas mieux.

2. Les conservateurs purs et durs ne font toujours pas confiance à Romney. Même si la plupart des sondages continuent de montrer que Mitt Romney demeure le candidat le plus susceptible de gagner contre Barack Obama, cette vérité ne semble pas atteindre l’univers parallèle dans lequel se confinent les archiconservateurs. Même si le candidat Romney fait toutes sortes de contorsions pour s’éloigner de certaines des positions modérées qu’il a prises dans le passé, il n’a toujours pas réussi à percer le doute que les plus conservateurs conservent à son endroit.

3. En sortant l’arsenal lourd de la campagne négative en Floride, Romney a ouvert une boîte de Pandore. En effet, lorsqu’il est question de publicité négative, le candidat ressemble à un éléphant dans un couloir. Qu’on vise à droite ou à gauche, en haut ou en bas de la ceinture, on est presque sûr d’atteindre son but. Les critiques du passé de Romney chez Bain Capital (voir ici et ici) par le SuperPAC de Newt Gingrich sur n’ont pas aidé ce dernier chez les conservateurs, mais elles fournissent des munitions gratuites aux Démocrates et aux centristes. À gauche, les messages commencent d’ailleurs à sortir, qui laissent présager une campagne négative sans merci contre Romney . Deux exemples, un rap de Jay-Z :

Une vidéo préparée par le Parti démocrate qui laisse les Républicains faire tout le travail de sape :

Et j’en passe et des meilleures. Si on était dans une cour d’école, le candidat Romney se ferait sans doute rappeler par tous ses petits camarades que c’est lui qui a commencé…

4. Plus on en connait sur Romney, moins on l’apprécie. Les sondages les plus révélateurs qui sont sortis au cours des derniers jours indiquent que plus les Américains en apprennent sur Mitt Romney, moins ils sont tentés de lui accorder leur appui. C’est ce que montre clairement un sondage dévastateur pour l’ex-gouverneur. À la question « Peu importe qui vous appuyez, est-ce que le fait d’en apprendre plus sur Mitt Romney vous amène à l’apprécier plus ou moins ? », 52% ont répondu moins et seulement 24 % ont répondu plus.

5. La question taboue. Finalement, il y a la question de la religion de Romney, qui est un mormon dévot et pratiquant, dont il est interdit de parler, sous peine de se voir immédiatement étiqueté comme un « RB » (pour religious bigot). Pour beaucoup d’Américains, la religion de Romney est une secte qui ne peut pas vraiment prétendre faire partie de la famille chrétienne. Certains sondages récents révèlent que la proportion des Américains qui hésiteraient à voter pour un candidat mormon n’a presque pas changé depuis 1968, alors que le père de Romney avait perdu l’investiture républicaine contre Richard Nixon. Selon Gallup, par exemple la candidature d’un mormon représente un problème pour un cinquième de l’électorat. C’est pourquoi Mitt Romney ne mentionne lui-même jamais sa religion lors de ses discours ou apparitions publiques. Selon l’excellent article de Frank Rich dans New York Magazine, Who in God’s Name is Mitt Romney, le fait que Romney s’interdise de parler en public de ce qui est sans doute la plus grande passion de sa vie après sa famille contribue à lui donner un air faux et inauthentique. Plus on le voit, plus on doute de sa sincérité. En fait, celui qu’on compare souvent à un robot ne peut même pas faire semblant d’être sincère, et c’est ce qui pourrait faire échouer sa campagne, car comme le dit un vieil adage américain difficile à traduire : « In politics, sincerity is the key to success. If you can fake it you’ve got it made. »

Avec tout ça, on se demande quel politicien québécois voudrait qu’on l’associe à Mitt Romney...


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