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Idéalisme ou pragmatisme obamien ?par Roromme Chantal 1er octobre 2009 09h28Grâce à la politique d’ouverture pratiquée par son nouveau président démocrate, l’Amérique reconquiert progressivement son leadership mondial, sérieusement écorné par les dérives de l’ère Bush. Affecté du syndrome Obama, le monde célèbre unanimement le retour triomphal du multilatéralisme sur les ruines de l’unilatéralisme. L’enthousiasme que suscite le charisme du premier Afro-américain à franchir le seuil de la Maison Blanche tend toutefois à accentuer davantage l’idéalisme que le pragmatisme pouvant aussi inspirer ses actions en matière de politique étrangère. « Yes, we can ! » Mais… « America can’t do it alone. » C’était un leitmotiv de sa campagne électorale qui devient, depuis son élection à la Maison Blanche, un principe cardinal de sa politique étrangère. De Port of Spain à Caire, en passant par Berlin, Paris, Londres, Moscou, …, jusqu’à la tribune de l’Onu. Le culte obamien voué au multilatéralisme frise parfois le romantisme. À telle enseigne, ceux qui puisaient dans son unilatéralisme la substance de leur opposition à l’establishment américain risquent aujourd’hui de se voir amputer d’un argument essentiel à leur rhétorique. Après les dérives répréhensibles qui ont caractérisé l’ère Bush –illustrées par sa doctrine dite ‘préventive’ et sa croisade contre le terrorisme–, l’Amérique d’Obama conspue l’unilatéralisme. Mais le président américain est avant tout quelqu’un qui sait mettre des mots sur ses envies. Pour son premier discours devant ses pairs du monde entier, réunis dans l’enceinte new-yorkaise de l’Onu, il les accueille par un vibrant appel au multilatéralisme pour faire face aux défis mondiaux. Ses propos consistent en un véritable acte d’allégeance qui suscite enthousiasme et espoir. « Parce qu’est venu le moment pour le monde de prendre une nouvelle direction, nous devons ouvrir une nouvelle ère de coopération multilatérale, basée sur un intérêt et un respect mutuels. » Euphoriques, certains analystes proclament purement et simplement le deuil du « moment unipolaire » induit par l’implosion de l’Union soviétique et la désagrégation consécutive du bloc de l’Est : « Le gendarme du monde n’est plus qu’un simple agent car, c’est désormais officiel, l’unilatéralisme américain est mort, enterré sous les actions démocrates ». On en veut pour preuve que, une semaine plutôt, Barack Obama en avait déjà fait une démonstration éloquente en décidant d’abandonner le projet de bouclier antimissile en Europe. Un geste fort envers Moscou (l’ennemi retrouvé ?) interprété par plus d’un comme un aveu, comme quoi avant de s’attaquer aux grands défis de l’heure, Washington doit désormais s’assurer premièrement du soutien des autres grandes puissances. Car, à plusieurs égards, la nouvelle cartographie mondiale s’apparente de plus en plus à cette réalité paradoxale « uni-multipolaire » décrite par Samuel Huntington où l’Amérique, tout en étant le chef de file incontestable, s’entend néanmoins constamment rappeler à l’ordre en ce sens qu’elle ne peut plus se comporter en « puissance solitaire ». Il y a la Chine émergente, moteur de l’économie mondiale ; l’Europe unifiée dont la prétention géopolitique ne fait plus mystère ; la résiliente Russie de Medvedev-Poutine aux ambitions dormantes mais perceptibles ; dans une moindre mesure, le Brésil montant de Lula, etc. Autant d’acteurs qui ont leur mot à dire. À plusieurs égards, les États-Unis demeurent encore ce que Bill Clinton nommait en son temps une « nation indispensable », mais certainement plus la seule. Dans ce contexte, il est donc légitime de se demander si ce virage inédit de la nouvelle administration américaine s’inspire d’un idéalisme ou n’est pas plutôt dicté par un pragmatisme ? La rupture d’avec l’ère Bush Il serait difficile de nier la politique d’ouverture en faveur de laquelle Obama engage sans la moindre équivoque son administration. C’est que le premier Afro-américain, parachuté au sommet de la première puissance mondiale, est plus en phase avec les volontés de changement que requiert l’opinion publique de son pays et celle internationale. Avant tout, s’il s’est fait élire, c’est en partie pour s’être inscrit dans la grande tradition rhétorique –celle des Kennedy, Reagan– qui célèbre un optimisme sans bornes, à l’effet contagieux au-delà même des frontières américaines. « Yes, we can ! ». Obama partage donc une vision du monde moins tranchée qui offre par ailleurs un contraste pour le moins saisissant avec celle de Bush. Celui-ci, non sans simplisme, découpait le monde en « Axe du Bien » et « Axe du Mal ». Une vision machiavélique dont l’étroitesse aura, le temps de deux mandats, valu à l’Amérique de s’aliéner une bonne partie du monde qui jadis voyait en elle le laboratoire où se façonnait l’avenir de la planète. A contrario, la loupe d’Obama, comme le synthétise parfaitement un autre analyste, ne lui reflète pas un « monde en noir et blanc, théâtre d’une lutte entre le Bien et le Mal, mais plutôt un champ où divers intérêts s’entrecroisent et que le meilleur moyen pour les États-unis de promouvoir leurs intérêts n’est pas de promouvoir systématiquement une démocratie dans des pays qui ne sont pas encore prêts à la pratiquer mais de définir lucidement qui les sert et qui les détourne. Et surtout de s’appuyer sur la diplomatie pour jouer le plus possible des potentialités que les divergences entre leurs ennemis ouvrent. » C’est ce que son ancienne rivale, devenue secrétaire d’État, Hilary Clinton, désigne par ‘smart power’. Un concept beaucoup plus politiquement correct qui tend à rendre l’essence de la nouvelle diplomatie obamienne. Elle consiste en un engagement –bien entendu, autant que faire se peut– à l’exercice de l’arme de la dialectique plutôt que de celui de la dialectique des armes, ou encore du langage du ‘big stick’ privilégié par la précédente équipe républicaine. Le partage du fardeau Mais l’argument ne manquerait pas de pertinence qui consisterait à objecter que cette envie de multilatéralisme soit plus un choix qu’une une obligation. En effet, l’héritage de Bush n’est pas facile à endosser pour un pays plongé dans la plus grande crise financière de son histoire depuis la Grande Dépression, fût-il la première puissance au monde. Autrement dit, si personne n’osera contester le pendant normatif de l’engagement multilatéral d’Obama, autant il ne devrait être interdit de postuler qu’il puisse aussi participer d’un choix rationnel d’un président ‘supérieurement doué’. On le sait bien, la préférence libérale accordée au multilatéralisme, comme mode d’action diplomatique privilégié, se justifie précisément en raison des avantages relatifs qu’il est censé procurer à tous participants et en raison de la dynamique de coopération qu’il contribuerait ainsi à alimenter. L’intérêt à coopérer multilatéralement serait récompensé par les gains de ce type de coopération. Traduit en termes stratégiques, cela signifie que le multilatéralisme a aussi un prix. Il s’agirait pour les États-unis d’obtenir que les autres puissances majeures du système international acceptent de partager le fardeau mondial (que constituent l’Afghanistan et l’Irak) et adhèrent à la politique à adopter face aux points chauds du globe (le conflit israélo-palestinien, la Russie, mais aussi l’Iran). Englués dans le bourbier afghan, et tandis qu’ils ne voient toujours pas le bout du tunnel en Irak, les États-unis se rendent à l’évidence qu’ils ne pourront répondre seuls aux provocations d’un Ahmadinejad tenace et d’un Kim Jong-il téméraire même moribond, pour ne citer que les cas de Téhéran et Pyongyang qui agitent le spectre nucléaire. Il est alors compréhensible que Barack Obama montre, non toutefois sans l’habileté qu’on lui connaît, l’autre face de la médaille : « Ceux qui ont l’habitude de réprimander l’Amérique pour son action solitaire dans le monde ne peuvent aujourd’hui rester de côté et attendre que l’Amérique résolve seule tous les problèmes du monde. » Autant dire, tant que ces problèmes persisteront, les États-unis, après avoir été longtemps un frein au multilatéralisme, montreront par la force des choses qu’ils peuvent aussi en être le moteur. Reste toutefois à déterminer le temps que durera cette nouvelle aventure, le multilatéralisme n’ayant jamais été un recours obligé pour une Amérique hégémonique nourrie d’un exceptionnalisme aux relents messianiques. Répondre à cet article
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