par Vincent Destouches
À l’issue d’une campagne fortement marquée par les questions économiques, les Français ont décidé de confier les rênes du pouvoir et les cordons de leur bourse à François Hollande. À quel homme politique le Québec aura-t-il affaire durant les cinq prochaines années ? Entretien avec Martial Foucault, directeur du Centre d’excellence sur l’Union européenne.
François Hollande et le Québec : le retour de la politique de « non-ingérence, non indifférence »
Dimanche, Nicolas Sarkozy est devenu le deuxième président de la Ve République à ne pas être reconduit dans sa mission par la population française. La campagne de réélection de Valéry Giscard d’Estaing avait connu pareille issue en 1981 avec, déjà, un socialiste dans le rôle du bourreau : François Mitterrand.
Le nom de Nicolas Sarkozy s’ajoute à la longue liste de dirigeants européens, qui, sous les effets de la crise économique, ont dû quitter le pouvoir. Ce fut le cas de José Luis Rodriguez Zapatero (Espagne), Gordon Brown (Royaume-Uni), Silvio Berlusconi (Italie), José Sócrates (Portugal) ou encore Brian Cowen (Irlande).
La victoire de François Hollande, qui devient, à 57 ans, le septième président de la Ve République - et le deuxième issu du Parti socialiste -, marque le retour au pouvoir de la gauche, battue à chaque élection présidentielle depuis 1988 et exclue de tout rôle de gouvernance depuis 2002, quand Lionel Jospin avait cessé d’être premier ministre.
La politique étrangère de la France, complètement absente des débats électoraux, redevient un enjeu majeur. Barack Obama a d’ores et déjà invité le nouveau président français à une rencontre bilatérale préalable aux sommets du G8 et de l’OTAN qui se dérouleront entre le 18 et le 21 mai prochain. Avant cela, le socialiste se rendra à Berlin pour rencontrer la chancelière Angela Merkel, l’autre moitié du couple franco-allemand, moteur de l’Union européenne.
Afin d’en savoir plus sur la vision du monde - et du Québec - de François Hollande, L’actualité a joint au téléphone Martial Foucault, professeur agrégé au département de science politique de l’université de Montréal et directeur du Centre d’excellence sur l’Union européenne.
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Pourquoi la politique étrangère a-t-elle été si absente dans la campagne présidentielle ?
La crise financière est passée par là et les enjeux domestiques, principalement économiques, sont devenus prioritaires, ce qui paraît toutefois logique en temps de campagne présidentielle. Il n’y a pas eu grand-chose à se mettre sous la dent sur les questions internationales, à part la notion du retrait des troupes françaises d’Afghanistan. La tradition gaulliste veut que la France se montre capable d’influencer le reste du monde.
Cette fois-ci, le rôle de la France semble s’être limité aux frontières européennes, et dans un rayon d’action limité au changement de politique économique. Le volet international tournait finalement lui aussi autour de l’économie. Pourtant, sur la politique étrangère, il y avait un certain nombre de questions qui auraient pu être traitées, notamment en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, la situation iranienne ou le dossier de l’intégration de la Turquie à l’Union européenne.
Quel regard portez-vous sur le quinquennat de Nicolas Sarkozy en ce qui a trait aux affaires internationales ?
Sous sa présidence, la France a joué un rôle clé lors des conflits libyen et russo-géorgien. M. Sarkozy a réalisé des coups politiques, comme en Colombie avec la libération d’Ingrid Betancourt. Il s’est montré comme le leader que l’on ne soupçonnait pas durant son semestre à la présidence de l’Union européenne, en 2008. Mais il n’y avait pas une réelle cohérence dans l’action de la France à l’international. La politique étrangère fut très pragmatique, inspirée par une tradition nord-américaine plutôt que par l’idée traditionnelle d’une certaine grandeur de la France.
Nicolas Sarkozy est certainement le président de la Ve République qui a été le plus atlantiste. Cela s’est confirmé par le retour de la France dans le commandement intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Sur les questions de politique étrangère et de sécurité, il a négligé la capacité de l’Union européenne à être une puissance internationale. En cela, il s’oppose à François Hollande, qui se réclame davantage d’un héritage européen. C’est un clivage fort.


