Le débat de mardi soir entre Barack Obama et Mitt Romney devant une assemblée d’électeurs indécis n’a pas produit un gagnant aussi net que le premier débat du 3 octobre, mais il est quand même possible d’en tirer quelques conclusions provisoires et de poser quelques hypothèses qu’on pourra vérifier d’ici à l’élection et, bien sûr, au moment du vote.
Je vais laisser mes amis journalistes décrire les faits et gestes des candidats et leurs évaluations du pointage. Ma propre impression est que le président Obama a livré une meilleure performance, mais pas par une marge aussi grande que la victoire de Romney au premier débat. Mais mon opinion ne compte pas pour grand-chose. Les sondages instantanés de toutes sortes donnent aussi Obama gagnant, mais le portrait global est assez nuancé. Par exemple, CBS a sondé un échantillon d’électeurs indécis. Ils donnent la victoire à Obama par 37% à 30%, mais le tiers (33%) ont jugé que le duel s’était soldé par une nulle. CNN a sondé un échantillon global d’électeurs ayant regardé le débat, qui donne Obama gagnant par 46% à 39%.
Il faut aussi rappeler que pour la plupart des électeurs, l’après-débat compte beaucoup plus que le débat lui-même. En effet, même si une soixantaine de millions d’électeurs ont vu le débat en tout ou en partie à la télé, un plus grand nombre en entendront parler par le biais des médias. C’est pourquoi l’effet du débat sur l’opinion prendra quelques jours à se faire sentir dans les sondages, tel que l’illustre la tendance des sondages agrégés par Real Clear Politics.

Avant le premier débat, j’écrivais que le maximum d’impact auquel on pouvait s’attendre était d’environ 3 points de pourcentage. C’est ce que Mitt Romney a obtenu après une semaine, avant que le président n’entame une modeste remontée. Il serait étonnant que ce deuxième débat à lui seul donne à Barack Obama une poussée aussi forte dans la semaine qui vient.
Quoi qu’il en soit, les prochains jours nous permettront de déterminer laquelle des interprétations suivantes de la remontée de Mitt Romney est la bonne. Il est fort possible que cette remontée ait été causée par la forte déception d’une bonne partie de l’opinion au sujet de la performance du président au premier débat. C’est pourquoi Barack Obama devait absolument montrer à ses militants qu’il a encore le feu sacré et regagner leur confiance. SI la cause de sa perte était là, il devrait récupérer une bonne partie des points perdus lors du premier débat.
L’hypothèse moins optimiste pour Obama, mais tout aussi plausible, est que le premier débat a fait connaître Mitt Romney sous un meilleur jour. Après avoir agité son Etch-a-Sketch, Romney a en effet projeté au bénéfice des électeurs moins informés une image plus modérée et plus sympathique que celle qui lui avait permis d’emporter l’investiture d’un parti dominé par son extrême droite. Les risques n’étaient pas grands, car les extrémistes de droite sont si obnubilés par leur opposition à Obama qu’ils étaient heureux de voir leur leader adopter n’importe quelle position pour gagner.
Le deuxième débat n’a pas donné à Mitt Romney l’occasion de se montrer aussi dominant que lors de la première confrontation, mais l’image que Romney était parvenu à se bâtir lors du premier débat n’a pas été modifiée de beaucoup hier soir. Si les gains de Romney étaient effectivement le résultat d’une transformation favorable de son image dans l’esprit des électeurs, Obama ne parviendra pas à gruger autant de ses appuis.
Au lendemain de ce deuxième débat, on entendra autant de commentateurs parler d’un virage déterminant en faveur d’Obama qu’on en a entendu parler d’un virage déterminant en faveur de Romney la première fois. Mais de tels commentaires ne devraient pas venir de politologues sérieux. Par exemple, Gary King, de Harvard, l’un des experts les plus réputés de ce genre d’analyse, émettait hier le tweet suivant : « Debate watching tips from political science : debates are high drama without a single documented case of real impact on the election. »
En fin de compte, il reste prudent de miser sur la tendance globale qui donne pour le moment une courte avance au président Obama. Dans ce sens, la bonne performance des bourses aujourd’hui et les bons résultats trimestriels de plusieurs entreprises sont des facteurs aussi importants que les débats. Il est aussi prudent de ne pas oublier les obstacles qui priveront peut-être des dizaines de milliers d’électeurs de leur droit de vote dans des États-clés comme l’Ohio et la Floride.
Barack Obama est revenu dans le match, mais c’est loin d’être joué. Le prochain débat, qui portera en priorité sur la politique étrangère, sera sans doute tout aussi passionnant que celui que nous venons de voir. Le président Obama a été particulièrement solide hier sur ces enjeux de politique étrangère, mais contrairement à ce deuxième débat, il partira favori, ce qui ne lui facilitera pas nécessairement la tâche.





