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Débat des colistiers : Biden et Palin s’en tirent bien

par Pierre Martin     3 octobre 2008 01h39

Pour les deux candidats à la vice-présidence, le débat de ce soir représentait un risque considérable. D’abord, pour la gouverneure de l’Alaska, le risque de répéter le genre de performance pathétique qu’elle avait servie dans ses deux entrevues avec Katie Couric était bien réel. (voir ici et ici) En fait, si elle s’était écrasée au moment du débat comme elle l’a fait lors de ces entrevues, la campagne de McCain aurait eu énormément de difficulté à s’en relever. Même si ses interventions se sont révélées, sur plusieurs points, superficielles et, sur certains autres, plutôt creuses ou sans consistance, elle n’a pas fourni à ses adversaires de passages qu’ils auraient pris un malin plaisir à réécouter en boucle en se bidonnant. En fait, le passage qui lui donnera le plus de fil à retordre en est un que lui reprocheront sans doute ses partisans naturels de la droite religieuse. Il s’agit de l’admission soutirée par Biden que la position des candidats républicains sur les droits des couples de même sexe est essentiellement semblable à celle des démocrates.

Si une chose est claire au terme de ce débat, c’est que Palin est celle dont la performance se démarque le plus favorablement des attentes. En effet, les attentes entretenues à son égard étaient si modestes que sa performance moyenne (disons un B+) permettra à ses partisans de proclamer sa victoire. John McCain, pour sa part, peut pousser un grand soupir de soulagement. Palin restera à l’avant-scène, mais seulement pour mobiliser la base du parti et rarement (jamais ?) pour s’offrir en pâture à ceux qui détiennent ce qu’elle appelle le « filtre des médias conventionnels ». Bye Bye Katie Couric…

Si vous voulez rigoler un peu, cliquez ici pour voir un graphique qui résume la stratégie de débat de Sarah Palin.

Biden, pour sa part, a offert ce que le commentateur David Gergen a qualifié de meilleure performance oratoire de sa longue carrière. Sur la politique étrangère, son dada depuis de nombreuses années, il a offert un plaidoyer inspiré pour l’approche de Barack Obama et une critique acérée de celle de McCain. En fait, s’il avait pu se substituer à Obama pour cette section du premier débat, il l’aurait probablement mis en boîte. Il était aussi frappant de constater, en regardant le débat au réseau CNN, que les membres de leur panel d’électeurs indécis—particulièrement les femmes—donnaient à Biden une évaluation presque uniformément plus favorable qu’à Palin, tant sur les enjeux intérieurs que sur les questions de sécurité. La grande réussite de Biden a toutefois été d’éviter de traiter Sarah Palin avec condescendance ce que ses opposants conservateurs, prétendant parler au nom du monde ordinaire, lui auraient amèrement reproché. En fait, en s’attaquant avec aplomb à son collègue et ami John McCain et en ignorant systématiquement les nombreuses faiblesses de sa vis-à-vis, Biden a permis à son équipe de marquer de précieux points. À quoi bon, par exemple, corriger Palin lorsqu’elle se trompait sur certains noms ou lorsque sa pensée se perdait dans les méandres d’un langage creux et évasif : les commentateurs des « médias conventionnels » s’en chargeront bien. Biden est même arrivé à exhiber un moment d’émotion sincère en expliquant pourquoi Sarah Palin, toute mère de famille qu’elle soit, n’a pas de leçon à lui donner pour ce qui est de comprendre la situation des familles qui font face à l’adversité.

Au terme du débat des colistiers, on retiendra que Joe Biden a gagné aux points sur le fond et sur la forme, mais que Sarah Palin a gagné le plus par rapport aux attentes. Les deux colistiers resteront donc en place. On les verra beaucoup sur les tribunes, avec tous les atouts qu’ils apportent à leur ticket respectif, mais avec tous les risques aussi.


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