Pour les deux candidats à la vice-présidence, le débat de ce soir représentait un risque considérable. D’abord, pour la gouverneure de l’Alaska, le risque de répéter le genre de performance pathétique qu’elle avait servie dans ses deux entrevues avec Katie Couric était bien réel. (voir ici et ici) En fait, si elle s’était écrasée au moment du débat comme elle l’a fait lors de ces entrevues, la campagne de McCain aurait eu énormément de difficulté à s’en relever. Même si ses interventions se sont révélées, sur plusieurs points, superficielles et, sur certains autres, plutôt creuses ou sans consistance, elle n’a pas fourni à ses adversaires de passages qu’ils auraient pris un malin plaisir à réécouter en boucle en se bidonnant. En fait, le passage qui lui donnera le plus de fil à retordre en est un que lui reprocheront sans doute ses partisans naturels de la droite religieuse. Il s’agit de l’admission soutirée par Biden que la position des candidats républicains sur les droits des couples de même sexe est essentiellement semblable à celle des démocrates.
Si une chose est claire au terme de ce débat, c’est que Palin est celle dont la performance se démarque le plus favorablement des attentes. En effet, les attentes entretenues à son égard étaient si modestes que sa performance moyenne (disons un B+) permettra à ses partisans de proclamer sa victoire. John McCain, pour sa part, peut pousser un grand soupir de soulagement. Palin restera à l’avant-scène, mais seulement pour mobiliser la base du parti et rarement (jamais ?) pour s’offrir en pâture à ceux qui détiennent ce qu’elle appelle le « filtre des médias conventionnels ». Bye Bye Katie Couric…
Biden, pour sa part, a offert ce que le commentateur David Gergen a qualifié de meilleure performance oratoire de sa longue carrière. Sur la politique étrangère, son dada depuis de nombreuses années, il a offert un plaidoyer inspiré pour l’approche de Barack Obama et une critique acérée de celle de McCain. En fait, s’il avait pu se substituer à Obama pour cette section du premier débat, il l’aurait probablement mis en boîte. Il était aussi frappant de constater, en regardant le débat au réseau CNN, que les membres de leur panel d’électeurs indécis—particulièrement les femmes—donnaient à Biden une évaluation presque uniformément plus favorable qu’à Palin, tant sur les enjeux intérieurs que sur les questions de sécurité. La grande réussite de Biden a toutefois été d’éviter de traiter Sarah Palin avec condescendance ce que ses opposants conservateurs, prétendant parler au nom du monde ordinaire, lui auraient amèrement reproché. En fait, en s’attaquant avec aplomb à son collègue et ami John McCain et en ignorant systématiquement les nombreuses faiblesses de sa vis-à-vis, Biden a permis à son équipe de marquer de précieux points. À quoi bon, par exemple, corriger Palin lorsqu’elle se trompait sur certains noms ou lorsque sa pensée se perdait dans les méandres d’un langage creux et évasif : les commentateurs des « médias conventionnels » s’en chargeront bien. Biden est même arrivé à exhiber un moment d’émotion sincère en expliquant pourquoi Sarah Palin, toute mère de famille qu’elle soit, n’a pas de leçon à lui donner pour ce qui est de comprendre la situation des familles qui font face à l’adversité.
Au terme du débat des colistiers, on retiendra que Joe Biden a gagné aux points sur le fond et sur la forme, mais que Sarah Palin a gagné le plus par rapport aux attentes. Les deux colistiers resteront donc en place. On les verra beaucoup sur les tribunes, avec tous les atouts qu’ils apportent à leur ticket respectif, mais avec tous les risques aussi.
Marc-André Anzueto Marc-André Anzueto est agent de recherche au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix. Il est titulaire d’une maîtrise en science politique de l’UQAM et d’un baccalauréat en Études internationales de l’UdeM.
Roromme Chantal Roromme Chantal détient une maîtrise en études internationales (UdeM). Son projet de fin d’études, portant sur la stratégie d’affirmation de puissance de la Chine dans le contexte post-Guerre froide, fera l’objet d’une co-publication à paraître bientôt.
David Descôteaux David Descôteaux est associé à la Chaire d’études politiques et économiques américaines. Diplômé en sciences économiques et en science politique de l’Université de Montréal, il est économiste à l’Institut économique de Montréal et journaliste et blogueur indépendant.
Jean-François Godbout Jean-François Godbout est Professeur adjoint au Département de science politique de l’UdeM, après avoir occupé un poste équivalent à l’Université Simon Fraser. Ses recherches portent principalement sur le Congrès et les élections américaines.
Noura Karazivan Noura Karazivan est actuellement doctorante en droit et chargée de cours en droit constitutionnel à la Faculté de droit de l’Université de Montréal. Ses recherches portent notamment sur l’extraterritorialité des droits de la personne.
Martin Koskinen Martin Koskinen est conseiller politique. Il analyse depuis plusieurs années l’organisation et les stratégies des campagnes électorales américaines. Il a auparavant été président de Force Jeunesse.
Guillaume Lavoie Guillaume Lavoie est directeur exécutif de Mission Leadership Québec, une initiative de positionnement stratégique permettant aux jeunes leaders de développer de nouveaux réseaux dans les régions d’intérêts stratégiques pour le Québec et le Canada.
Depuis 2003, il est régulièrement collaborateur pour la radio et la télé sur la politique américaine.
Patrick Leblond Patrick Leblond est professeur à l’Université d’Ottawa. Il est membre associé du Réseau Économie Internationale (REI) qu’il a dirigé en 2007-08 lorsqu’il était aux HEC.
Jean-François Lisée Jean-François Lisée est directeur exécutif du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM).
Richard Nadeau Richard Nadeau (Ph. D. Montréal, 1988) est professeur titulaire au département de science politique de l’Université de Montréal et directeur de recherches (Opinion publique et processus démocratiques) à la Chaire d’études politiques et économiques américaines du Cérium.
Charles Noble Charles Noble est professeur et chef du département de science politique de la California State University, Long Beach. Spécialisé en politique américaine, il rédige actuellement un livre sur l’élection de 2008.
Étienne Tremblay-Champagne Etienne Tremblay-Champagne est agent de recherche au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix (ROP). Titulaire d’une maîtrise en Études internationales à l’Université de Montréal, il a également obtenu un baccalauréat à HEC Montréal.
Michel Lacombe discute avec Pierre Martin (Cépéa/Sc. pol.) de l’arrêt récent de la Cour suprême invalidant la restriction des dépenses des entreprises privées en période de campagne électorale.
Dans son discours sur l’état de l’Union, le président Obama, a signifié que la création d’emplois est sa priorité pour 2010. Pierre Maisonneuve analyse la question avec Pierre Martin (Cépéa/Sc.pol.).