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Crise hondurienne : un transfert de leadership ? par Marc-André Anzueto 26 octobre 2009 14h16Après son expulsion expéditive par les forces armées honduriennes en juin, le président du Honduras, Manuel Zelaya, a décidé le 23 septembre dernier de se réfugier au sein de l’ambassade brésilienne à Tegucigalpa. Malgré les nombreux appels pour un retour en poste de Zelaya, le président américain, Barack Obama, ne semble toujours pas être en mesure de résoudre la crise au Honduras. De plus, face eux efforts de médiation de l’Organisation des États américains (OEA), les négociations entre le gouvernement putschiste de Roberto Micheletti et M. Zelaya bloquent constamment lorsqu’il est question de la restauration de ce dernier dans ses fonctions. Le gouvernement de facto continue de faire la sourde oreille aux critiques de la communauté internationale alors que s’écoule rapidement le mandat de Zelaya qui doit officiellement remettre le pouvoir à son successeur en janvier 2010. Le Conseiller spécial de l’OEA chargé d’œuvrer à la conclusion d’un accord politique au Honduras, John Biehl, a même quitté le pays le 23 octobre dernier en raison de l’impasse des négociations. Par ailleurs, comment faut-il interpréter le choix de l’ambassade du Brésil ? Est-ce le reflet des nouveaux rapports de force en Amérique latine et du système international ? En effet, l’ambassade du Venezuela ou du Costa Rica aurait pu être envisagée. Cependant, le lieu de refuge du président Zelaya apparaît plutôt comme « l’ascension de l’autre » pour paraphraser le directeur de Newsweek International, Fareed Zakaria, dans son récent livre intitulé : L’Empire américain : l’heure du partage. Certes, l’administration américaine a déjà condamné le putsch de Micheletti, mais la crise hondurienne demeure un casse-tête pour le président Obama et pour son homologue brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, qui pourrait prendre le relais. Depuis le début de la crise, le président Obama a posé quelques gestes de soutien envers Zelaya tout en tentant de se différencier de l’administration précédente dans la formulation de sa politique en Amérique latine. Par exemple, l’aide américaine de près de 200 millions de dollars a été suspendue en réponse au putsch mené par Micheletti. Les programmes d’assistance militaire et d’aide au développement ont aussi été amputés de 16,5 millions de dollars. En juillet, le département d’État annonçait la révocation de visas diplomatiques de quatre membres du gouvernement de facto hondurien en symbole d’appui au président déchu. De plus, l’administration Obama a soutenu la médiation du président du Costa Rica, Oscar Arias, pour tenter de résoudre la crise. Malgré toutes ces actions, Manuel Zelaya a dénoncé à la fin du mois de juillet « la tiédeur de la position américaine ». Est-ce que les spécialistes de l’image appelés par le gouvernement putschiste auraient réussi à infléchir la position de l’administration Obama ? La réponse se trouve plutôt dans le dilemme auquel l’administration américaine fait face depuis le début de cette crise. Selon un article de Michael Shifter publié dans Foreign Affairs en août dernier, l’administration Obama est prise entre deux feux. D’une part, il y a des voix en provenance de l’Amérique latine, de la communauté internationale et au sein même du parti démocrate qui prônent davantage de pressions politiques envers le gouvernement putschiste et d’autre part, il y a les différents médias et la droite qui ont condamné l’appui du président Obama envers Zelaya. Le Washington Post et le Wall Street Journal ont notamment publié des textes qui insistaient sur le fait que le gouvernement de facto de Roberto Michelleti avait défendu la démocratie et empêché d’accroître l’influence du président Chavez dans la région. Or, le président Obama a déclaré en août qu’il « ne pouvait pas appuyer sur un bouton et réinstaller soudainement M. Zelaya au pouvoir ». Cette déclaration reconnaissait implicitement les limites de la capacité des États-Unis à résoudre la crise au Honduras, qui dure depuis le 28 juin. Celle-ci a entre autres eu sa part de rebondissements, dont l’entrée en scène du Brésil en septembre dernier. Lorsque le président déchu a réussi à trouver refuge dans l’ambassade brésilienne, les putschistes ont lancé un ultimatum de dix jours au Brésil pour faire sortir Zelaya. Le président Lula a aussitôt balayé les menaces du gouvernement de facto et insisté sur le fait que le président en exil pouvait rester dans l’ambassade aussi longtemps qu’il le souhaitait. La version en ligne du quotidien allemand Der Spiegel a pertinemment intitulé un texte publié en octobre « Brazil Flexes Muscles over Honduras Crisis ». L’action du Brésil s’est également manifestée lors de la 64e Assemblée générale de l’ONU quand Lula a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité sur la crise au Honduras. Le vice-président du Council of the Americas, Eric Farnsworth, a notamment déclaré en septembre au Christian Science Monitor que « Zelaya est allé avec le parti qui avait le plus de chance de le remettre au pouvoir. C’est une représentation tangible d’un changement dans l’équilibre des puissances dans la région ». Ainsi, si le Brésil arrivait à trouver une solution à la crise hondurienne serait-ce un autre symbole de l’effritement de la puissance américaine dans son ancienne « arrière-cour » ? Pour l’instant, l’imprévisibilité des protagonistes honduriens brouille autant les cartes du Brésil que des États-Unis. Néanmoins, le Brésil a bien l’intention de prendre son rôle au sérieux. Le 15 octobre dernier, il a été élu comme membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour deux ans à partir de janvier 2010. Donc, la crise au Honduras est l’occasion rêvée pour démontrer qu’il est à la hauteur de son étiquette de « puissance émergente ». Après la victoire des jeux olympiques de 2016 en faveur de Rio de Janeiro, le Brésil a définitivement le vent dans les voiles. En avril dernier, le président Obama a décrit Lula comme étant « l’homme politique le plus populaire du monde ». Saura-t-il toutefois prouver qu’il détient le leadership nécessaire pour résoudre et prévenir les conflits, notamment au Honduras ? Répondre à cet article
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