Résumé :
L’œuvre de Thomas Mann s’offre comme une discussion ininterrompue – discussion qu’il entretient avec lui-même et qui le transforme, et qu’il entretient aussi avec son époque, tout en s’en faisant le témoin. On peut donc parler conjointement d’une certaine Allemagne en tant que miroir et moteur de l’œuvre, et de l’œuvre en tant que miroir d’une certaine Allemagne. On examinera un des romans les plus célèbres de l’écrivain, La montagne magique (1924), qui permet à Mann de faire une mise au point sur la conception de l’art et de l’artiste développée dans ses œuvres de jeunesse ainsi que sur les idées défendues dans le polémique recueil d’essais de 1918, Les considérations d’un apolitique, où il défend la Kultur allemande contre les assauts que lui fait subir la civilisation européenne. On sait que l’écrivain, après la guerre, se ralliera publiquement à la jeune république et essaiera d’y réconcilier ceux qui n’y voient qu’un symbole de défaite et d’humiliation. On observera comment La montagne magique offre des indices éclairant ce changement de camps politiques ainsi que ce que nous apprend le séjour au sanatorium de Hans Castorp sur les différentes passions qui s’affrontent en Allemagne et sur l’équilibre précaire qui y règne pendant l’entre-deux guerres.

Myrtô 
