Extrait de l’introduction : Notre perception de l’évolution du Québec au cours de la dernière décennie du XXe siècle est généralement faussée par trois éléments. Premièrement, on a l’impression que de l’échec de la réforme constitutionnelle - désignée sous le nom d’Accord du Lac Meech (1990) - à deux référendums (1992 sur la constitution, 1995 sur la souveraineté), en passant par la démission de Lucien Bouchard au début 2001, il n’y eut de place au Québec que pour le débat politique et non pour des changements structurels autres. Deuxièmement, il peut nous sembler que l’action du Québec sur la scène internationale et les réactions que cette action a provoquées du côté du gouvernement fédéral étaient davantage motivés par le positionnement des acteurs en fonction d’un nouvel affrontement sur l’indépendance du Québec que par des changements véritables. Troisièmement, lorsqu’on examine les signes vitaux du Québec et que l’on effectue la comparaison inévitable et légitime avec l’Ontario, celle-ci semble généralement désavantager le Québec. Comme si le fait d’être assis aux côtés d’un géant signifiait qu’on est un nain.
Mais au-delà de ces éléments et en lien avec eux, les transformations du Québec durant les années quatre-vingt-dix, portant pour la plupart leurs fruits dans la deuxième moitié de la décennie, méritent d’être jugées au mérite. Comme le note Michael Keating lorsqu’il étudie le comportement des nations sans État dans le contexte de la mondialisation, il est vrai que le nationalisme conditionne leurs actions et que l’ouverture des marchés donne au nationalisme une occasion supplémentaire de se déployer (Keating, 2003). La combinaison de la volonté nationale et de l’ouverture des marchés apporte néanmoins un changement réel et mesurable.
Ce chapitre voudra faire la démonstration qu’au-delà de la forte coloration politique de la décennie 1990-2000, l’élite économique et politique du Québec, avec un fort appui populaire, voulait que le Québec devienne une région-État - ce qui signifie agir de plus en plus comme une entité spécifique nonobstant que le Québec soit une province ou un pays ; que le Québec devait devenir une région-État une pour atteindre une croissance optimale ; et que le contexte politique canadien le poussait dans cette direction.
Une version antérieure et anglaise de ce texte est disponible en ligne ici, en version pdf .
Au sujet du livre : Pourquoi le Québec a-t-il senti le besoin de se donner une représentation internationale qui lui soit propre ? Pourquoi la France a-t-elle été si réceptive à cette volonté du Québec ? Comment le Québec en est-il venu à participer aux Sommets de la francophonie ? Quelle est sa politique étrangère vis-à-vis des États-Unis ? Quelles ont été les réactions d’Ottawa à cette affirmation internationale du Québec ? Quelles ont été les actions du Québec à Londres afin d’empêcher le rapatriement de la Constitution en 1982 ? Quelle était la stratégie internationale du gouvernement du Québec lors du référendum de 1995 ? Quel a été le rôle du Québec dans l’élaboration de la convention de l’Unesco sur la diversité culturelle ? C’est à ces questions, et à plusieurs autres, qu’entendent répondre les nombreux experts réunis ici.

Jean-François 
