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Comment Newt Gingrich pourrait défaire Barack Obama

par Pierre Martin     14 juin 2012 16h52

Oui, vous avez bien lu : Newt Gingrich. Depuis le début de cette campagne, il me paraît assez évident que le candidat Mitt Romney ne peut pas, à lui seul, défaire le Président Obama. Pour ce quatrième épisode de la série « Les républicains qui pourrait défaire Obama », mon choix risque toutefois de faire des incrédules. Qu’est-ce que Newt Gingrich vient faire dans cette histoire ? Sa campagne n’est-elle pas morte et enterrée ? Le Prof Martin est-il en train de débloquer ? En fait, le Newt Gingrich dont je parle n’est pas le candidat bedonnant et deux fois divorcé qui croit encore sans doute, dans des moments de délire occasionnels, à ses chances de renverser la convention de son parti à Tampa à la fin d’août et construire une base sur la lune avant la fin de son deuxième mandat. Non, il s’agit plutôt de Newt Gingrich, le jeune et encore svelte professeur d’histoire d’un obscur collège de Géorgie, qui a gagné un siège au Congrès en 1978 et s’est immédiatement mis en tête de transformer cette institution afin de permettre à son parti de renverser la majorité historique que les démocrates y tenaient depuis le New Deal.

Comme le racontent Thomas Mann et Norman Ornstein dans leur ouvrage incontournable (It’s Even Worse than It Looks), son plan était simple : les républicains devaient ignorer la règle non écrite de la collaboration bipartisane et offrir une opposition obstinée et systématique, tout en minant la réputation du Congrès et de sa majorité démocrate. À terme, les électeurs s’élèveraient contre un Congrès dysfonctionnel en cherchant à remplacer leur représentant et ce serait la majorité démocrate qui écoperait. Ça a pris un certain temps, mais c’est ce qui est arrivé en 1994, alors que Gingrich était élevé à la position de président de la Chambre (speaker). Après avoir perdu leur majorité en 2006 et la Maison Blanche en 2008, c’est la stratégie qui a été adoptée par les républicains dès l’arrivée de Barack Obama au pouvoir. Le leader de la minorité au Sénat, Mitch McConnell, l’avait dit clairement au tout début du mandat d’Obama : l’objectif numéro un du Parti républicain est de s’assurer que Barack Obama soit limité à un mandat comme président. C’était déjà évident lors des deux premières années de la présidence Obama, alors que la minorité républicaine formait un bloc pour s’opposer à pratiquement toutes les initiatives du président, même lorsqu’il s’agissait, comme dans le cas de la réforme de la santé, d’idées empruntées directement au Parti républicain. L’obstruction a évidemment atteint son paroxysme après la reprise de la Chambre par les républicains en novembre 2010 et qui a presque mené le pays à la catastrophe financière à l’été 2011, au moment du relèvement du plafond de la dette.

Aujourd’hui, la seule planche de salut du président est un relèvement de l’économie dans les prochains mois, alors que la création d’emploi continue à accuser de sérieux retards. Les études de science politique sur le vote économique démontrent éloquemment que les électeurs américains centristes sont largement influencés par la conjoncture économique et elles montrent aussi qu’ils ont la mémoire très courte. La performance économique de mars à septembre d’une année électorale pèse autant sinon plus dans la balance que l’ensemble du bilan économiques des trois premières années du mandat. C’est pourquoi, comme le note entre autres Larry Bartels dans Unequal Democacy, les présidents républicains ont eu un talent particulier pour délier les cordons de la bourse et faire adopter par des Congrès complaisants des politiques de stimulation de l’économie ciblées au printemps et à l’été des années électorales. George Bush avait bien essayé de donner un coup de pouce à son parti en 2008 en envoyant un chèque à tous les ménage au printemps, mais ça n’a manifestement pas suffi. Cette année, Barack Obama clame sur tous les toits qu’il a un plan pour redémarrer l’emploi pendant que son adversaire lui reproche de ne rien faire. Dans les faits, le plan est là, mais le président n’y pourra rien : les deux délégations républicaines au Congrès et au Sénat ne bougeront pas. Le plan de relance d’urgence de Barack Obama, qui lui permettrait de remettre l’économie sur les rails pour les deux trimestres qui ont l’impact le plus déterminant sur le vote a toutes les chances de rester lettre morte. Peut-être que les démocrates arriveront à faire percevoir ce jeu des plus transparents à un électorat peu informé qui ne voir pas nécessairement ce qui saute aux yeux à tous les observateurs. Si c’est le cas, Barack Obama pourra faire campagne, comme Truman l’avait fait, contre le "Do-Nothing Congress". Mais si le président est défait en novembre, une bonne partie du crédit (ou du blâme) ira à celui qui a inventé le Parti républicain obstructionniste qui lui aura fermé la porte, au prix de centaines de milliers d’emplois perdus (dont certains chez nous) : Newt Gingrich.


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