Première page de l’article
Dans le numéro de Critique de Janvier-Février 2008, intitulé Philosophie et Judaïsme, les trois auteurs de la présentation générale écrivent que si « la philosophie a constitué une force d’interpellation pour le judaïsme [...] l’influence ne s’exerce que dans un seul sens : on ne voit pas émerger de problématisations philosophiques qu’on pourrait assigner au judaïsme avant le XXe siècle 1 ». Cette thèse est partagée par beaucoup, comme par Maurice-Ruben Hayoun qui dans son ouvrage de 2004, La Philosophie juive, étudie Mendelssohn et les Lumières de Berlin comme « émergence d’un nouveau judaïsme » et non comme naissance d’une nouvelle philosophie 2. Ainsi entendu, le moment de la haskala serait, mutatis mutandis, comparable au moment de la naissance du Talmud, lorsque les juifs déportés à Babylone subissent le choc d’une confrontation à une autre culture évoluée et tentent de lui faire place en pensant, par exemple, certaines autres divinités comme des anges médiateurs ou en intégrant, dans le plan de Dieu, les Justes des autres nations. Dans cette optique, comprendre le syntagme problématique de « philosophie juive » reviendrait à poser la question de l’adaptation du singulier (le judaïsme comme révélation à un peuple précis en un temps donné) à l’universel (la philosophie comme vérité valable en tout lieu et en tout temps). Or, de cette lecture courante de la relation entre judaïsme et philosophie avant le XXe siècle, la philosophie de Maimon est un contre-exemple. Telle est du moins...

Isabelle 

