Les directeurs des trois chaires du Cérium qui se penchent sur la réalité américaine, le politologue Pierre Martin, l’historien François Furstenberg et le juriste Jean-François Gaudreault-Desbiens, ainsi que plusieurs autres chercheurs et spécialistes vont commenter sur cette évolution de la politique américaine pendant la présidence de Barack Obama.

Le bilan républicain en santé : pas si mal après tout !

par Guillaume Lavoie     25 février 2010 15h07

Dans l’imaginaire politique américain, les républicains sont ceux qui s’opposent – toujours – aux réformes de la santé, surtout lorsqu’il est question de réglementations ou de dépenses gouvernementales. Pas si sûr.

Premier républicain de l’ère post-New Deal, Dwight Eisenhower donne le ton. Opposé à un modèle public d’assurance santé pour la population générale, ‘Ike’ choisit la fiscalité pour alléger le coût des primes d’assurances payées au privé. Il innove dans le budget de 1954 : les primes d’assurances sont dorénavant déductibles pour les travailleurs et leurs employeurs. Quelques années plus tard, en 1959, il crée le programme d’assurance santé (public celui là) pour les employés fédéraux.

Le second républicain de cette période, Richard Nixon, offre un exemple encore plus intéressant. Le gros de sa réforme échoue – à la suite de l’opposition des démocrates et de Ted Kennedy (qui avouera le regretter par la suite). Nixon proposait une réforme à deux volets : 1) une obligation aux employeurs d’offrir une assurance à ses travailleurs et 2) une série de réglementations visant à discipliner l’industrie. Ironiquement, la proposition Nixon constitue la charpente de la proposition d’Obama.

Vient ensuite le grand pourfendeur de la gauche : Ronald Reagan. Or, dans le domaine de la réforme de la santé, Reagan a des airs de St-Paul et l’Ave. Pennsylvanie, celle d’un chemin de Damas. Avant d’être président, Reagan se plaisait à ridiculiser le Medicare et à plaider pour son abolition. Une fois à la Maison-Blanche, non seulement rejette-t-il la proposition de le remplacer par un programme de ‘vouchers’, mais il décide – malgré l’opposition unanime de son cabinet –d’augmenter sa couverture pour les traitements d’urgence.

Et finalement, qu’en est-il de George W. Bush ? Il sera responsable de la plus grande expansion du Medicare depuis sa création. D’un trait de plume, il bonifie le Medicare en y incluant une extraordinairement coûteuse assurance médicament. Même Lyndon Johnson, terrorisé par l’impact que cela aurait sur le budget, n’avait pas osé inclure une assurance médicament au Medicare. (*sans doute une réserve dont aurait dû s’inspirer le gouvernement québécois !)

À l’examen, la contribution des présidents républicains a de quoi faire réfléchir bien des républicains qui se disent héritiers du GOP, à commencer par les futurs prétendants à la Maison-Blanche. Les faits sont clairs : la tradition républicaine en est aussi une de grandes réformes, qui même si incomplètes, demeurent souvent coûteuses et courageuses. Les « non-faits » le sont aussi. Le grand absent de la liste ci-haut est George H.W. Bush, lequel a chèrement payé l’annulation de la mesure de Reagan et son incapacité à mettre de l’avant une réforme de la santé.


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Décollage raté pour Sarah Palin

par Jean-François Lisée     10 février 2010 15h54

Nous sommes quelques milliers de commentateurs à avoir souligné le nouvel envol de Sarah Palin, conférencière vedette du mouvement Tea Party ce week-end. (J’ai fait mon effort ici.) On soulignait que les planètes semblaient s’aligner pour en faire, non une candidate crédible pour la présidentielle, mais une figure influente de la droite.

Les Américains ont une expression que l’on traduit par “chassez le naturel, il revient au galop”. La leur est beaucoup plus méchante. Ils disent d’une personne qu’elle “reverted to type”. C’est-à-dire que malgré ses efforts pour modifier son comportement, vient un moment où le personnage initial réapparaît.

C’est ce qui s’est produit, peu après son discours, lorsque les blogueurs ont noté qu’elle avait pris des notes sur ses mains (les anglos appellent ça des cheating notes) et qu’elle les regardait pendant la période de questions. Hier soir, les humoristes s’en sont donné à coeur joie, comme le montre ce montage du site Politico.com

Le dommage causé à la réputation de Mme Palin par cette anecdote est immense, car elle renforce toutes les craintes, sur sa compétence, qu’elle générait jusqu’ici. La dame ne disparaîtra pas pour autant du portrait, mais aura encore de la difficulté à se faire prendre au sérieux.

(Ajout tardif :) Il faut lui accorder ce qui suit. Elle a une bonne capacité de rebond. Elle s’est présentée aujourd’hui à une assemblée politique avec, écrit sur une main qu’elle ne cachait à personne, Hi Mon ! (Bonjour maman !)

Ce billet est aussi disponible sur le blogue plus général de Jean-François Lisée accessible ici.


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Réforme de la santé : et si les législateurs démocrates étaient le problème ?

par Guillaume Lavoie     26 janvier 2010 15h40

Dans l’imaginaire politique américain, les démocrates sont – depuis toujours – pour un système de santé pour tous. Ils se battent et luttent pour l’œuvre inachevée du New Deal… constamment frustrés par les républicains. Mais est-ce bien le cas ? Peut-on réellement résumer cet échec par l’opposition obstinée d’un Congrès républicain ?

Si cela n’était qu’une simple question d’arithmétique au Congrès, les démocrates n’ont pas d’excuses. Depuis 1933 – soit depuis l’arrivée de FDR au pouvoir– les démocrates ont eu la majorité à la Chambre pendant plus de 60 ans et au Sénat, pendant plus de 50 ans. Pire encore, pendant 40 de ces années, il y avait aussi un démocrate à la Maison-blanche !

Ah… mais c’est sans doute que c’est une question de « super » majorité ? De filibuster des républicain ? Pas tout a fait. Cela n’explique pas que FDR – bénéficiant de majorités écrasantes au Sénat et à la Chambre pendant plus de 12 ans – n’y soit pas arrivé. Ou que le puissant comité Ways and Means, contrôlé par les démocrates, ait bloqué le projet de réforme de Kennedy.

Les divers projets de réforme de la santé ont le plus souvent été victime de la résistance des démocrates centristes. Trop chère. Trop big government, pas le bon moment, etc. Voilà quels étaient les motifs d’opposition… des démocrates centristes. Tantôt des opposants actifs aux propositions présidentielles (FDR, JFK), tantôt de faux alliés à ces dernières (Nixon, Carter, Clinton). Et maintenant… idem avec Obama ?

Trop heureux de profiter de l’échappatoire, plusieurs démocrates centristes ont rapidement conclu que l’élection de Scott Brown signifiait un rejet de la réforme de la santé. Un peu facile. Les citoyens du Massachusetts bénéficient déjà d’un système de santé comparable à ce que propose Obama. La vaste majorité d’entre eux (dont 68% de ceux qui ont voté à cette élection spéciale) sont en faveur du plan d’assurance santé de leur État !

Si les démocrates centristes voient dans la victoire de Brown un moyen de blâmer les républicains pour l’échec de cette réforme – cette lecture n’est valide que dans le belt-way. Le public américain – et les 46 millions d’américains sans assurance – se fiche éperdument de la balance au Sénat. En politique, on périt par là où on a péché. Attention aux promesses non tenues. Les démocrates ont fait campagne sur cet enjeu. C’est leur enjeu « signature ». Ils doivent maintenant livrer.

Les législateurs démocrates ont toujours une bonne majorité au Sénat, et une encore plus grande à la Chambre. Si le projet de réforme de santé devait échouer, les centristes démocrates devraient s’attendre à ce que l’électorat américain – comme il l’a fait en 1994 – leur fasse payer chèrement leur manque de leadership.

* À venir : Le bilan républicain en santé (tentatives et réussites) : pas si mal après tout !


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Le 19 janvier : une élection cruciale

par Christine Fréchette     18 janvier 2010 12h15

L’élection partielle qui se tiendra mardi au Massachusetts s’avère cruciale pour le président Obama. La mince marge de manœuvre dont il dispose actuellement pour mettre en œuvre ses réformes en matière de santé, d’emploi ou d’énergie pourrait partir en fumée si les Républicains l’emportent.

Il y a quelques jours à peine, l’idée que les Républicains puissent remporter ce château fort démocrate, jadis occupé par Ted Kennedy, apparaissait saugrenue. Mais, le vent a tourné au cours des derniers jours et les sondages donnent maintenant une avance au candidat républicain, Scott Brown.

Le républicain a transformé la campagne en un référendum sur la réforme de la santé, laquelle n’a pas la faveur de la population, même s’il s’agit d’un des États les plus bleus du pays. Il est habituellement difficile de prédire les résultats d’une élection partielle puisque la sortie de vote y est souvent anémique. Les Républicains ont l’avantage de pouvoir tabler sur la grogne populaire entourant la réforme de la santé pour amener les électeurs vers l’urne.

Si ce dernier l’emporte, les Démocrates auront toutes les difficultés du monde à rallier les 60 votes nécessaires à la clôture d’un débat au Sénat, étape requise avant la procédure de vote. Avec une défaite démocrate, les chances de voir une réforme de la santé être adoptée vont s’affaisser, sans compter que les autres réformes à venir seront plus facilement bloquées par les Républicains.

Ce serait un triste retournement des choses s’il fallait que l’ancien siège de Ted Kennedy, qui toute sa carrière durant a lutté pour favoriser l‘accès au système de santé, soit celui qui fasse basculer le vote du Sénat du côté de l’opposition à cette réforme.

Mais la candidate démocrate semble avoir un peu trop ménagé ses efforts, tablant sur l’idée que la partie était gagnée d’avance pour elle.

Mardi, c’est une élection partielle qui se tiendra au Massachusetts mais, dans les faits, les résultats obtenus affecteront l’ensemble des Américains du fait de son impact sur la capacité d’Obama à mettre en œuvre ou non ses multiples réformes. Sa ’fenêtre d’opportunité’ pourrait en effet, déjà, s’être refermée.


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