CERIUM - Centre d'études et de recherches internationales
  20 janvier 2009
Métro Montréal

Barak Obama à la rescousse

Danika Landry, Métro

La caricature pourrait devenir presque banale : Barack Obama, le superhéros, vêtu d’une cape et d’un survêtement moulant, à la rescousse des États-Unis, de son économie et de la paix mondiale.

« Oui, Barack Obama est vu par les Américains comme cet être qui peut régler tous les problèmes, admet, un peu amusé, le professeur de sciences politiques et directeur adjoint de l’observatoire des États-Unis de l’UQAM, Frédérick Gagnon.

Cet universitaire n’est pas le seul à voir en ce président investi aujourd’hui une caricature de l’homme aux qualités et aptitudes extraordinaires. Pour Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire de relations publiques et de communication marketing à l’UQAM, Barack Obama symbolise le « surhomme ».

« Barack Obama incarne le changement multiplié par cent pour deux raisons. À cause de l’image négative de l’administration Bush précédente, qui crée un contraste, et en raison de sa symbolique – son origine ethnique, son âge, ses valeurs –, il représente plus qu’un simple changement de génération. »

Cette représentation caricaturale est loin d’être une nouvelle donne dans la politique américaine. « On a souvent tendance, aux États-Unis, à voir les candidats à la présidence comme des superhéros, explique Frédérick Gagnon. On veut que ces gens ne fassent pas d’erreurs. Et les candidats donnent le sentiment qu’ils sont capables de régler les problèmes de tout le monde. »

Engouement sans précédent

Mais dans ce monde de politiciens élevés au rang de superhéros, Barack Obama fait exception sur au moins un plan. Sa popularité n’a cessé de croître depuis son élection – elle oscillait autour des 80 % ce week-end –, alors que. pour ses prédécesseurs, cette tendance se résorbait à mesure qu’approchait le jour de l’investiture.

« L’icône Obama – des posters, des autocollants, des boutons – est partout », fait remarquer le directeur exécutif du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM), Jean-François Lisée.

Cet ancien journaliste reconnaît que la frénésie qui a gagné la culture populaire américaine frôle le culte de la personnalité.

« Obama symbolise la fin de l’ère Bush, le changement, le premier Noir [à la Maison-Blanche], le retour des idées de centre-gauche à Washing­ton, l’espoir. C’est évident que [ces éléments] se concentrent autour de son image. »

« Barack Obama attirait des foules historiques et jamais vues pendant la campagne présidentielle, se rappelle quant à lui Frédérick Gagnon. Des gens s’évanouissaient, un peu comme pendant les spectacles des Beatles à l’époque. On voyait même des gens pleurer. »

Si les discours d’Obama déclenchent aujourd’hui des frissons chez certains, cette irrationalité pourrait mener tout droit vers une déception. La marge de manœuvre économique du nouveau président américain sera inversement proportionnelle aux attentes de ses concitoyens. Un cocktail parfait pour devoir faire des concessions et inévitablement déplaire à la population. « À moins qu’il soit véritablement un superhéros », concède Frédérick Gagnon.

  • Jean-François LiséeJean-François Lisée

    Jean-François Lisée est directeur exécutif du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM).
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