M. Duceppe, Yolande,
M. Parizeau,
M. Le maire,
MM les recteurs,
Distingués invités,
Chers amis,
Si on veut parler de Gilles Duceppe et de sa conception des affaires internationales, il faut d’abord dire une chose. Son principal objectif en la matière est de faire en sorte que les affaires intergouvernementales entre Québec et Ottawa deviennent, à strictement parler, des affaires internationales.
Vous savez peut-être que le rêve de René Lévesque était de se faire nommer le premier ambassadeur du Québec souverain à Washington. Il me vient à l’esprit que Gilles, avec toute l’expérience qu’il accumule dans la capitale fédérale, ferait un excellent premier ambassadeur du Québec à Ottawa.
Je vois à la table d’honneur que Jacques Parizeau et Raymond Chrétien semblent d’accord sur ce point. Yolande semble moins enthousiaste.
Je suis heureux de faire la présentation de Gilles Duceppe aujourd’hui parce que son parcours sur les questions internationales est celui de toute une génération de Québécois. Le socle de ses connaissances a été posé par les professeurs de Sciences politiques de l’Université de Montréal. Nous sommes donc en terrain solide.
Gilles est aussi venu aux questions internationales par la culture et par la gauche.
Par la culture, car on ne peut voir son père, le grand Jean Duceppe, jouer dans Des Souris et des Hommes, Sept Hommes en Colère et Mort d’un commis voyageur sans être frappé par le caractère universel de la détresse humaine et du combat pour la dignité.
Par la gauche parce qu’à l’exécutif de l’Union générale des étudiants du Québec, puis au journal Quartier latin, puis à la CSN pendant les années 80, la solidarité internationale faisait partie du quotidien de Gilles Duceppe, comme de tout le mouvement étudiant et syndical. De la Grèce des colonels à la chute d’Allende jusqu’au combat de Solidarnosc et des étudiants de la place Tien an Men, la gauche québécoise fut une grande école de la soif internationale de liberté.
C’est vrai : fut une époque où Gilles pouvait nommer tous les membres du gouvernement albanais. Il était abonné au captivant hebdomadaire Pékin Information - je sais de quoi je parle — car il trouvait que le Monde diplomatique était trop à droite.
Je mentionne ce passage en terrain gauchiste, au siècle dernier, d’abord pour démontrer que les conseillers de Gilles n’ont pas relu mon texte de présentation. Je le fais surtout pour citer cet adage écologiste français : « De l’idéal, il en faut beaucoup, surtout au début. Parce que ça réduit à la cuisson. »
Et nous avons aujourd’hui un chef du Bloc Québécois qui, en politique étrangère comme en politique intérieure, n’oublie pas le combat pour la dignité humaine.
Il croit que la protection des droits démocratiques et des droits des salariés doit être au cœur du débat sur la mondialisation.
Il croit que si les Amériques doivent devenir une zone, ce doit être une zone de solidarité et pas seulement une zone d’échanges commerciaux. Il croit que l’usage de la force militaire se justifie contre la terreur et le despotisme, mais pas au détriment du droit. Le Bloc québécois sous Gilles Duceppe, c’est le refus de l’angélisme mais aussi le refus du laisser-faire.
Il y a une chose que j’aimerais dire, en terminant, sur Gilles Duceppe. En matière internationale comme ailleurs, il ne faut pas sous-estimer la capacité qu’ont ses adversaires, et plusieurs observateurs, à sous-estimer Gilles Duceppe.
Je vais répéter pour ceux qui prennent des notes : il ne faut pas sous-estimer la capacité de ses adversaires à sous-estimer Gilles Duceppe.
Et si, comme l’évoquais récemment Jean Lapierre, le prochain gouvernement est minoritaire, il est permis de croire qu’après le 28 juin, Gilles Duceppe nous donnera sa pleine mesure.
Mesdames messieurs, accueillez le chef du Bloc québécois, M. Gilles Duceppe.

