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  mai 2009
La Presse

Afghanistan : Une présence à long terme

En moins d’une semaine, les États-Unis, le Canada et les Européens ont adopté une nouvelle approche visant à renforcer leur présence en Afghanistan afin de donner au gouvernement de Kaboul les moyens de prendre en mains la sécurité et le développement de leur pays. C’est une bonne nouvelle. Il faudra toutefois être patient avant d’en voir les résultats tangibles.

Pour les analystes et les stratèges militaires, l’Afghanistan est une énigme. Ce pays, pauvre, aride et dépourvu de ressources a été le cimetière de toutes les armées qui ont voulu le subjuguer, d’Alexandre le Grand aux Soviétiques en passant par les Britanniques. L’Afghanistan est facile à déstabiliser, difficile à occuper et encore plus difficile à réintégrer dans la communauté internationale tant il est sujet aux influences de ses puissants voisins ou aux manipulations des Grands. Ses périodes d’indépendance, de neutralité ou de paix ont toutes été interrompues par la guerre.

Les États-Unis et l’OTAN sont les derniers occupants. Ils présentent leurs actions sur le terrain comme totalement différentes de celles du passé, mais ils sont nombreux dans cette région et dans les pays membres de la coalition occidentale à ne pas en croire un mot. Ce sont des positions légitimes, et on peut en discuter longuement. Il faut toutefois reconnaître une chose : la présence internationale est appuyée par l’ONU et, malgré les bavures et les erreurs, elle apporte une aide précieuse au peuple afghan et une sécurité, certes fragile, contre la frange la plus radicale des Talibans. Il reste qu’après sept ans, cette présence est à repenser compte tenu de la dégradation de la situation. Les Talibans regagnent du terrain et ont trouvé des alliés au Pakistan avec qui ils préparent et lancent de nouvelles attaques, le gouvernement Karzaï est de plus en plus contesté, et les Afghans ne voient pas au quotidien les bénéfices de l’aide au développement et considèrent les actions militaires de l’OTAN comme cruelles et inefficaces. L’administration Bush, occupée à poursuivre sa guerre criminelle en Irak, a ignoré le front afghan et laissé faire. Il faut maintenant y voir.

La nouvelle approche concoctée par l’équipe de politique étrangère du président Obama et par les alliés européens renforcera le dispositif sécuritaire tout en offrant une ouverture politique qui faisait défaut par le passé. Washington enverra donc de nouvelles forces militaires, et l’Europe y dépêchera un large contingent de gendarmes chargé de former une police paramilitaire afghane. Un plan d’amnistie pour certains Talibans qui renonceraient à la violence a été offert afin de leur permettre de joindre le processus politique. Sur la scène régionale, il a été convenu de traiter les problèmes afghan et pakistanais comme une seule question nécessitant une réponse commune. Enfin, et c’est là une première, tous les pays de la région - en particulier l’Iran - ont été associés à la recherche d’une solution politique. Henry Kissinger estime que la meilleure façon de stabiliser l’Afghanistan serait de convaincre ses voisins de cesser leurs interférences et de lui accorder un statut de neutralité. Cette idée fait son chemin et pourrait bien se retrouver au coeur d’un grand marchandage géopolitique sur cette région entre la Russie, la Chine, l’Inde, les États-Unis, l’Iran et le Pakistan. Mardi, lors de la Conférence internationale de La Haye sur l’Afghanistan, 80 pays et organisations internationales ont accepté les grandes lignes du plan Obama et des alliés occidentaux.

La nouvelle approche proposée ne produira ses fruits que dans quelques années. Les tensions politiques sont trop nombreuses, complexes et profondes pour être réglées sur le court terme. Elles peuvent même s’exacerber à la faveur d’un événement imprévisible. En Afghanistan, beaucoup reste à faire afin de stabiliser le pays. Il faudra s’habituer à vivre avec la question afghane pendant longtemps.

  • Jocelyn CoulonJocelyn Coulon

    Jocelyn Coulon est directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix (ROP), affilié au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (Cérium). Il dirige depuis ses débuts le Guide du maintien de la paix publié annuellement chez Athéna Éditions
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