CERIUM - Centre d'études et de recherches internationales
  avril 2010
Chronique du Cérium

50 ans d’indépendance : quelle Renaissance pour les États africains ?

INTRODUCTION

En cette année de célébration des 50 ans d’indépendance pour nombre de pays africains1, au‐delà de l’enthousiasme, c’est aussi le temps du bilan, surtout de l’introspection de ce qui est advenu de cette accession à la souveraineté internationale. Le premier constat que l’on observe est que, malgré ses multiples richesses, l’Afrique reste à la traine du développement. Aussi, si l’on peut déceler dans ses rapports déséquilibrés avec le reste du monde, notamment l’Occident, les dirigeants qui se sont succédés dans les différents pays du continent depuis les années 1960, à quelques exceptions près, ont plutôt manifesté une seule volonté, se maintenir au pouvoir contre vent et marrée dans une ambiance très souvent teintée de mauvaise gouvernance, de népotisme, de corruption, de manipulation des institutions et des règles démocratiques les plus élémentaires, qui ont permis certains d’entre eux, d’accéder au pourvoir.

Parallèlement, les défis socioéconomiques se posent avec acuité et ne cessent de se complexifier chaque jour avec l’augmentation rapide de la population, notamment dans les centres urbains 2 : plus de 2/3 de la population urbaine vivent dans un habitat précaire (72 %) sans services essentiels (seulement 36 % de la population disposent d’un système d’assainissement ; 44 % ont accès à une eau potable) ; 54 % de la population est jeune (moins de 20 ans) et 46 % vivent dans l’extrême pauvreté avec moins de 1 $ US/jour. Au chapitre sanitaire, la situation n’est guère reluisante. La pandémie du Sida continue de faire des ravages sur le continent, dont les enfants et les femmes sont plus exposés (70 % des 40 millions de personnes infectées par le VIH dans le monde vivent en Afrique). Outre le Sida, la mortalité maternelle et infantile reste plus élevée en Afrique que partout au monde (916 femmes perdent la vie pour 100 000 naissances ; 30 000 enfants meurent chaque jour avant d’atteindre leur cinquième anniversaire) ; alors que le paludisme reste encore la première cause de mortalité sur le continent, détruisant des familles entières, auquel s’ajoute la poliomyélite, le choléra, la méningite, la bilharziose, etc., et la sous‐alimentation reste une équation insoluble (30 % des enfants de moins de 5 ans sont malnutris, 40 % de la population survivent sous la menace d’une crise alimentaire)3 et la gestion des catastrophes naturelles un casse‐tête (glissements de terrain en Ouganda, inondations en Afrique de l’Ouest…).

L’objet ici, n’est pas de mettre en cause l’héritage historique et culturel, ni de le piétiner comme un vulgaire papier à mouchoir après usage. Les valeureux et courageux ancêtres qui ont légué une richesse inestimable, tant du point de vue social, culturel et même philosophique, méritent un hommage mérité. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue le contexte actuel dans lequel l’Afrique et les Africains se débattent aujourd’hui et dans lequel vivront demain, les enfants d’Afrique. Ainsi, la vraie question n’est‐elle pas alors, comment faire en sorte que la situation de sous‐développement endémique dans laquelle vit l’écrasante majorité des peuples du continent et son corolaire de maux qui gangrènent leur quotidien et hypothèquent leur avenir, soit dépassée ? Comment faire en sorte que cette situation déplorable qui pousse des milliers de ses fils et filles valides à vers un exode suicidaire en bravant les dangers de la mer ou du désert pour une hypothétique meilleure condition de vie ? Or dans toutes les ressources rares et convoitées, l’Afrique fait figure de pool position ou au moins dans les dix premiers (cuivre, fer, or, cobalt, manganèse, phosphates, etc.). En outre, l’Afrique est aujourd’hui, le continent le mieux aidé (34 $ US par capital contre 4 pour l’Asie du Sud Est et le Pacifique, selon la Banque Mondiale). À partir de là, regardons froidement la réalité à travers un diagnostic rationnel des actes et comportements que posent les Africains comme leur participation « au rendez‐vous du donné et du recevoir » selon l’expression du Président Senghor.

1. En 1960, 17 pays francophones accèdent à la souvent internationale vis-à-vis de la métropole coloniale, la France. Toutefois, auparavant, certains pays, notamment anglophones, avaient recouvré leur indépendance : Soudan, Égypte Maroc, 1956, Ghana 1958…
2. Avec 4 % de croissance annuelle, en 2000 la population urbaine du continent était estimée à 34,3 %, contre 23,3 % en 1980 et elle devra être de 46,2 % en 2020. À cette date, 37 % des Africains vivront dans une ville millionnaire, contre 22 % en 1990 et seulement 4 % en 1960.

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  • Djibril DiopDjibril Diop

    Djibril Diop fut post-doctorant au CÉRIUM pour l’année 2007-2008. Il poursuit actuellement son exploration sur l’analyse des divers aspects de la gestion du foncier à Dakar et tente de cerner la problématique de la gestion et de l’accès au foncier dans le débat public.
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